En attendant le fichier son de la conférence du 3 novembre, voici quelques réflexions et impressions, point de vue subjectif donc  critiquable : vous pouvez réagir en postant un commentaire ou en envoyant un mail au parvis du protestantisme.

Juvéniles ! C'est le qualificatif que je retiendrai pour décrire les trois intervenants invités par le Parvis du Protestantisme à donner une conférence ce soir du 3 novembre 2011.

Mais ce n'est pas leur âge leur explique cette impression - ils sont tous trois de la même génération, nés entre 1969 et 1975 - pas plus que les trois thèmes retenus pour la conférence. Non, c'est davantage la manière dont ils ont pris à coeur cette tâche face à un public attentif et bienveillant.

polo4Raphaël Picon, théologien protestant, a une tête de premier de la classe plutôt précoce et agite ses mains en tous sens comme s'il cherchait à donner encore plus de densité à ses propos.

joLe rabbin Yeshaya Dalsace assume pleinement son rôle de forte tête jetant malicieusement de temps en temps une pierre dans le jardin de ses voisins. Le sourire en coin, l'air bonhomme il promène l'auditoire dans les contrées lointaines des textes fondateurs et parvient à le persuader de l'actualité de ces paroles vieilles de près de 3000 ans.

P1120207

monsieur_grandQuant à l'islamologue Rachid Benzine : loin de jouer de sa haute taille pour en imposer, il tend la main à ses camarades en n'hésitant pas à puiser dans la philosophie, la poésie, le Coran, la Bible (hébraïque ou chrétienne) les arguments propres à étayer son propos.

Quitte parfois à donner le sentiment qu'il lit un discours pas tout à fait digéré. Mais cette impression et démentie par l'enthousiasme qu'il manifeste lorsqu'il aborde des sujets qui lui semblent importants.

Je ne donnerai qu'un exemple : à plusieurs reprises il a évoqué le paradoxe entre l'institutionnalisation des religions - indispensable ne serait-ce que pour la transmission - et leur vitalité, leur souplesse. Les institutions tendent à figer et dogmatiser la révélation contenue dans les textes qui fondent ces religions, les transformant ainsi en systèmes rigides.

Il en appelle donc à une nécessaire "réouverture de la promesse" - telle la Réforme ? - générations après générations, exercice critique de renouvellement, de recréation de l'esprit originel de la promesse donnée dans les religions du livre. Sans concession parfois avec l'héritage des générations précédentes.

On le voit bien : le concept de réouverture de la promesse semble extrêmement fécond et mériterait d'être exploré plus avant.

benzine_photos

On peut néanmoins exprimer un regret : à propos du désir d'enfant, Rachid Benzine évoque la nécessité de récits mythiques, qui, à l'instar des récits scientifiques, contribuent à rendre compte de la réalité. Mais il en profite pour nous mettre en garde de manière appuyée contre une certaine fascination pour la science.

En opposant ainsi récits mythiques et récits scientifiques, cet humaniste ne court-il pas le risque d'apporter de l'eau au moulin de ceux qui se défient de la science sans prendre le risque de s'y frotter ?

Si Rachid Benzine m'a semblé très ouvert, je n'en dirai pas autant de Yeshaya Dalsace. Non que cet homme n'ait fait preuve de finesse et d'un talent d'orateur incomparable ! Sa , jubilatoire, et sa connaissance des textes fondateurs du judaïsme, ont, me semble-t-il, largement conquis l'auditoire. Il a, par exemple, montré avec une force de conviction peu commune que l'expérience du déluge vécue par Noé a fait prendre conscience à l'humain de sa propre vulnérabilité.

dalsace_photos

Mais Yeshaya Dalsace semblait avoir pris plaisir à endosser l'habit de celui qui se suffit à lui-même, parce qu'il a le privilège de l'antériorité : ce n'est certainement pas par hasard qu'il a choisi de s'en tenir au texte biblique. Selon lui, la Bible n'est pas un récit universel. Elle a été écrite par les juifs et pour les juifs. Je ne sais s'il croyait à ce qu'il disait, ou s'il se jouait du public (je le soupçonne d'être assez malicieux pour cela !) Quoiqu'il en soit, il nous a enchantés par sa maîtrise du récit.

Je ne doute pas que Raphaël Picon connaisse bien les textes bibliques, mais il a préféré se référer à la philosophie pour étayer sa pensée riche et subtile. Ainsi, il puise dans la "Condition de l'homme moderne" de Hannah Arendt l'idée que la naissance est une une recréation du monde : un monde potentiellement renouvelé par l'irruption d'un individu nouveau opérée par la naissance. En suivant Arendt, Picon y voit la source de l'espérance.

On peut néanmoins reprocher à Raphaël Picon de ne pas avoir su ou voulu plonger ses racines dans le texte biblique. Remplacer le « Sola Scriptura » par le « Nulla Scriptura » est un peu radical ! Or, la bible est traversée par l'idée de l'avènement de nouvelles possibilités par la venue au monde d'un enfant : je pense par exemple à l'avènement d'héritiers des rois du peuple élu qui choisiront ou non de servir l'Eternel. Raphël Picon ne cite aucun exemple, si ce n'est celui donné par Arendt elle-même - "un enfant nous est né".

picon_photos

Enfin, je n'ai pas été convaincue par ses réflexions sur la vision que les évangiles donnent de l'homme. Selon lui, l'idée qui traverse ces textes du nouveau testament est celle d'un homme debout, qui ne courbe pas l'échine. Je pense qu'il est plus juste de parler d'un homme qui accepte de courber l'échine parce qu'il sait que c'est le prix à payer pour aller au bout de ses convictions. Comme lorsque Jésus se laisse emmener, conscient que son abaissement le fait "tomber vers le haut".

Fabienne Chabrolin

P1120236

P1120294