venise08 015Jeanne Laffitte est incontournable à Marseille : seuls les touristes pressés n'auront pas remarqué l'immense place du cours d'Estiennes d'Orves sur laquelle s'ouvre l'établissement que tient cette figure de la vie sociale, économique et politique marseillaise : les Arcenaulx, à la fois librairie - dont un important fonds ancien -, maison d'édition et restaurant depuis le début des années 80. Une institution bien connue des marseillais valorisée par la démolition en 1987 du parking aérien, véritable pustule dans ce quartier ancien !

Aussi, lorsque Jeanne Laffitte répond à l'invitation du Parvis du Protestantisme pour un déjeuner du Parvis, il faut s'attendre, de la part de cette ancienne élue municipale sous Defferre puis Vigouroux, à un point de vue large sur la cité phocéenne.

Entrée dans les équipes municipales de Defferre en 1977, Jeanne Laffitte fut d'abord en charge des piétons (et donc des parkings, ce qui lui a sans doute permis d'appuyer le projet de démolition du parking d'Estiennes d'Orves, un combat de dix ans) puis, sous Vigouroux, du tourisme - mais elle aurait préféré une délégation à la Culture, dit-elle !

Les touristes ne sont pas toujours les bienvenus dans une ville industrieuse et pauvre : ils dérangent et sont perçus comme des intrus. Le littoral marseillais n'était pas aménagé pour accueillir ceux qui affluaient sur les plages voisines de Cassis à Menton : la moitié des visiteurs de notre ville résidaient chez des parents ou amis, d'autres venaient pour des séminaires scientifiques. En somme, les atouts de notre côte riche et sauvage étaient sous valorisés.

Il fallait renouer les liens de Marseille avec la mer.

Station d'épuration et réalisation des plages gagnées sur la mer ont contribué à rendre la Grande Bleue aux Marseillais !

La méditerranée n'est pas le seul atout de Marseille, rappelle l'éditrice : sa vitalité dans la recherche scientifique est incontestable et reconnue à l'étranger - qu'il s'agisse de médecine, mathématiques, immunologie...

une-politique-culturelle-ambitieuse-est-elle-encore-possible,M50421Mais si l'on a quelque peu l'impression que l'enthousiasme de Jeanne Laffitte appartient au passé, c'est qu'elle porte un regard  désabusé sur sa ville, ce q'un auditeur lui a fait remarquer lors du débat qui a clôt le déjeuner.

Comment se satisfaire en effet de la disparition du budget municipal de la culture, reversé dans un pôle "animation et culture", fourre-tout bien pratique pour qui préfère proposer aux citoyens du pain et des jeux plutôt que promouvoir la création artistique ? Marseille doit renouer avec un mécénat seul à même désormais de fertiliser le terreau artistique.

"Marseille capitale de la culture 2013" est donc un horizon qui ne doit pas être un aboutissement mais un point de départ : l'action politique ne se résume pas à des formules telles "L'art doit rentrer dans l'entreprise".

S'il n'y a plus d'artiste, à quoi bon ?

Enfin, on ne saurait ignorer que Marseille est un port ouvert et qu'il ne peut en être autrement : il est illusoire d'imaginer que l'immigration peut baisser. Reste à en assumer les conséquences, c'est-à-dire à combattre les freins à l'intégration que sont le chômage et l'insuffisance de l'éducation et la formation.

Fabienne Chabrolin


Marseille la métroploleJeanne Laffitte a réédité des livres anciens, mais elle a surtout contribué à la renommée de Marseille en éditant des ouvrages photographiques sur cette ville qui la montrent sous un jour que ne lui connaissent que ses habitants eux-mêmes : on sait bien que la mer a des visages infiniment variés suivant la lumière et le temps : une aube pâle, un ciel d'orage, une éblouissante lueur estivale en changent l'aspect de manière si violente qu'on en reste ébaubi !

Il en est de même de Marseille, vue du ciel ou de la terre, lavée d'or un soir, ternie de plomb lorsque un grain s'annonce, enveloppée de brume de mer au printemps quand le contraste de température entre la mer et l'air est à son comble. Couleurs d'une ville du Sud - pas une ville de Provence, nous ne sommes pas à Aix - contrastes forts, qu'il s'agisse des lieux ou des gens qui les hantent !

FC