FLNBNotre société occidentale est tant marquée par les monothéismes qu'il nous est devenu impossible de concevoir une religion sans Dieu. C'est ce que Frédéric Lenoir a rappelé lors de la conférence qu'il a donnée dans le temple de Grignan : le sentiment religieux a précédé le concept de « dieu » qui n'a pris corps que tardivement, décliné au pluriel dans un premier temps, lorsque les populations nomades se sont sédentarisées – et l'on trouve encore aujourd'hui des sociétés religieuses qui n'ont pas la notion de Dieu.

9782221113066FSFrédéric Lenoir a ainsi retracé l'histoire de la construction de la relation entre les hommes et les dieux, avant que ceux-ci ne laissent peu à peu la place à un Dieu unique, exclusif des autres - c'est cette histoire qu'il développe dans le livre d'entretiens qu'il a écrit avec Marie Drücker : Dieu, sorti fin octobre.

Tout ceci est bien connu des étudiants en théologie ou en histoire des religions, mais le mérite de Frédéric Lenoir tient, selon moi, à la manière dont il parvient à nous convaincre que les humains, retravaillant sans cesse l'idée de « Dieu », l'ont conformé à leurs peurs et leurs désirs : Dieu à géométrie variable, tour à tour proche ou lointain, tout puissant et vengeur ou, au contraire, faible et compatissant. Au risque d'une réduction à néant de la distance de l'humain au divin.

Car l'établissement des textes qui allaient constituer la Révélation n'épuise pas le discours sur Dieu : les théologiens – juifs, chrétiens, musulmans – ont dessiné avec tant de précision les contours de la personne de Dieu qu'Il a perdu sa liberté – liberté d'être ce qu'Il est, accessible seulement dans ce qu'Il nous donne à voir de Lui en se révélant.

On a trop dit sur cet Etre indicible !

C'est une des raisons qui ont pu conduire à un courant « apophatique » dans la théologie dite « négative » – c'est le sens du mot grec signifiant apophatique. Définir Dieu en nommant ce qu'Il n'est pas, dans un aveu d'humilité qui reconnaît au Divin sa part de mystère. 

On peut néanmoins formuler une réserve sur la démarche de Frédéric Lenoir : si son ouverture est incontestable, il y a malgré tout une certaine parenté entre le cheminement qu'il propose et ceux qui donnent une vision plus étroite de Dieu. Dans les deux cas, on trouve une même appropriation personnelle du concept de Dieu qui cherche à s'affranchir des traditions initiées dans les courants institutionnels. Le risque d'une conformation de Dieu à ses propres désirs n'est-il pas plus grand quand l'étroitesse de nos points de vue n'est pas contrebalancée par une réflexion collective ? Et la tentation est grande de morceler le "peuple de Dieu" en autant de courants que de membres ! Le collectif - qui se nomme Eglise dans le Christianisme - est aussi un défi que les croyants doivent relever : la communion est une synergie qui rend humble. Elle est aussi très probablement un rempart contre la marchandisation des idées, à l'oeuvre dans notre société.

Lenoir (2)

Frédéric Lenoir a terminé sa conférence en témoignant de sa propre expérience : sa rencontre à 18 ans avec les évangiles l'a profondément marqué. Il en a gardé la conviction que le message de Jésus - "aimer son prochain comme soi-même" - est le sens ultime que les humains doivent donner à leur vie. Un temps fort de la conférence qui illustre ce que Frédéric Lenoir avait tenté de mettre à jour : au-delà des rituels collectifs qui relient les hommes entre eux, c'est aussi une quête personnelle, individuelle qu'ils doivent mener pour faire l'expérience du divin à l'intérieur d'eux-mêmes.

"Voici, dit Jésus, je suis avec (en ?) vous tous les jours jusqu'à la fin du monde."

Fabienne Chabrolin


La conférence de Frédéric Lenoir clôturait le cycle des Récits de commencements de ce long mois de novembre (3 novembre au 8 décembre 2011) qui marquait l'inauguration du temple de Grignan comme espace culturel.

Le public a largement répondu à notre appel : nous tenons à remercier tous ceux et celles qui ont ainsi contribué au succès de cet évènement par l'intérêt qu'ils ont porté aux débats, conférences et concerts !

Nous remercions également nos partenaires dans cette belle aventure : les amis de l'orgue Kern, Rencontres-Formations et Radio Dialogue.

"A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres." Evangile de Jean