"Quand on a créé le Conservatoire du Littoral, c'était pour qu'il se casse la figure." C'est la phrase attribuée à Jean-Louis Borloo venu célébrer le 35ème anniversaire de cet établissement public de l'Etat en septembre 2010.

P113082035 ans, c'est une belle longévité pour un mort-né ! Mais comme le rappelle François Fouchier, le délégué régional PACA du Conservatoire du Littoral, invité du Déjeuner du Parvis de ce mardi 17 janvier 2012, cette création en 1975 marque un acte de résistance qui entre dans la catégorie des utopies fécondes. Et ce n'est probablement pas un hasard si elle est née à une époque de forts contrastes - retour à la terre et culture hors-sol, par exemple, paradigmes de deux conceptions opposées de l'humanité : l'une qui rappelle que l'histoire humaine est liée à un territoire, l'autre qui laisse entrevoir l'avènement d'une "humanité hors-sol" !

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1975, c'est aussi l'époque des grandes "transhumances" estivales humaines : le littoral est pris d'assault tous les étés, des maisons mitent le paysage côtier, des clôtures se dressent, des investisseurs développent des projets toujours plus ambitieux aux abords du littoral... Autant d'obstacles à la préservation d'un patrimoine commun, autant d'entraves au libre accès de tous aux rivages de nos lacs et de nos mers.

François Fouchier

Rendre ce patrimoine au public est donc une des missions du Conservatoire du Littoral, parmi bien d'autres : dans son partenariat avec les collectivités territoriales qui emploient les gardes chargés de l'entretien et la mise en valeur des domaines du Conservatoire, celui-ci participe à l'insertion sociale et à l'éducation à l'environnement.

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Si François Fouchier martèle que le littoral n'est pas une marchandise, il rappelle aussi que le Conservatoire n'a pas vocation à l'acquérir intégralement, et que la construction de logements reste une préoccupation importante et légitime des élus. Mais la déraison a parfois été de mise, comme par exemple lorsqu'il s'agissait de délivrer des permis de construire en zones inondables. L'augmentation du nombre de crues centennales s'explique aisément par la disparition de zones humides, comblées et asséchées pour permettre l'installation de zones d'habitation.Jardin du Rayol 3

La préservation des zones humides - mais aussi de la biodiversité - est d'ailleurs un des critères retenues pour l'acquisition de terrains : menacés par l'urbanisation, la parcellisation, la "bétonisation", ou colonisés par des constructions illégales, ces terres en bordure du littoral seront achetées, à l'amiable le plus souvent. Mais le droit de préemption dont jouit le conservatoire lui permet d'intervenir lors de ventes de domaines, et, plus rarement des procédures d'expulsion peuvent être engagées si aucune entente n'est possible avec le propriétaire.

Jardin du Rayol 7Enfin, le Conservatoire cherche à rendre accessibles au public des domaines qui lui étaient interdits jusque là : ce n'est pas le moindre des objectifs qu'il s'est fixé !

Les moyens dont dispose le Conservatoire du Littoral viennent pour une part de l'Etat, non sur son budget mais de manière indirecte : il perçoit la taxe sur les bateaux de plaisance de plus de 7 mètres, ce qui lui rapporte environ 38 millions d'euros. Ceci ne saurait suffire, et les dons de terrains, les apports de mécènes, mais également les subventions publiques (Etat, collectivités territoriales) viennent abonder cette somme. Le budget de près de 60 millions d'euros est balancé par une somme à peu près équivalente correspondant à la mise à disposition par les collectivités territoriales des gestionnaires chargés de l'entretien et de l'aménagement des sites, dont les 700 gardes du littoral.

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Un conseil d'élus constitue l'organe prenant à l'unanimité les décisions (c'est en somme le versant politique) qui seront appliquées par le conseil d'administration (le versant exécutif) composé d'élus et d'administrateurs.

On le voit bien, le pragmatisme n'est pas incompatible avec l'utopie, et si "Procter et Gamble" sont les partenaires-mécènes du Conservatoire du littoral depuis 20 ans, François Fouchier affirme que son indépendance reste entière. C'est peut-être le seul point qui ne soit pas totalement convaincant dans les propos de François Fouchier : il faut une bonne dose de volonté et un caractère bien trempé pour rester sourd aux sirènes de partenaires intéressés davantage par leur propre promotion que par la préservation de l'environnement. Il faut aussi un engagement personnel à la hauteur de l'enjeu : par son enthousiasme et sa force de conviction, nul doute que François Fouchier aura convaincu son auditoire qu'il est l'homme de la situation !

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Les magnifiques photos du domaine du Rayol - site acquis par le Conservatoire du Littoral en 1989 - qui illustrent ce blog ont été publiées avec l'aimable autorisation de Blandine Dedenon, qui les as mises en ligne sur son blog : Le jardin de Berthille. Je l'en remercie encore !

Fabienne Chabrolin

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