Voici un texte paru dans la Feuille Rose de l'Oratoire du Louvre rendant hommage à Gabriel Vahanian, après son décès survenu durant l'été 2012. Ce texte a été transmis par le pasteur Werner Burki, suite à son intervention consacrée à ce théologien lors d'un déjeuner du Parvis, le 4 décembre dernier : vous pouvez retrouver l'article qui lui est consacré ICI.

Gabriel Vahanian (1927 - 2012)

Décédé cet été, le théologien Gabriel Vahanian est né à Marseille en 1927. Il fait partie de ces intellectuels « migrants » dont la pensée est exprimée en anglais, depuis le Nouveau Monde…

Diplômé de l’Ecole pratique des Hautes Etudes et de la Faculté de théologie protestante de Paris, docteur en théologie du Princeton Theological Seminary et de l’Université de Strasbourg. GV a été successivement professeur de théologie à l’Université de Princeton et de Syracuse (New York) puis, professeur d’éthique à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg.

C’est en 1961 qu’une sortes de « bombe » médiatique a eu lieu par la publication de :

La mort de Dieu : la culture de l’ère post-chrétienne. L’auteur affirme que le christianisme est la proclamation par Jésus du règne de Dieu. Pour Gabriel Vahanian, la théologie ne relève pas d’une quête d’une vie après la mort, mais d’une nouvelle terre et un ciel nouveau.

Pour lui, la technique domine notre société actuelle. L’homme par elle, est libéré de la nature et de l’histoire. Elle désacralise, «  défatalise » et transforme tout ce qu’elle atteint. La technique doit passer par l’homme mais l’homme ne doit pas se soumettre à la technique. Libéré du « sacré », l’homme sanctifie le nom de Dieu et cela veut dire qu’il n’y a pas d’autre monde que le nôtre dans lequel on puisse vivre sa foi. Voilà l’utopie selon Vahanian : il est bien l’auteur de cette formule reprise si souvent depuis par ceux qui oublient de lui en reconnaître la paternité : « l’utopie consiste à changer le monde et non à changer de monde. »

L’acculturation du christianisme est une chance pour l’Eglise, à condition qu’elle proclame la parole faite chair en partant du point de vue de l’incroyant. Dans l’ouvrage paru chez Desclée de Brouwer en 1989, Gabriel Vahanian donne sa confession de foi dans un style très dense avec le goût des mots forts, des mots qui obligent à penser ce que l’on dit.

La mort l’a surpris au moment où il songeait à « se reposer » après l’écriture d’un ultime ouvrage à paraître en anglais. Partageons ensemble ce qu’il nous dit dans la préface : « Vous ne pouvez voir Dieu à moins de le voir lui, Jésus, l’homme bien moins déifié ni même « homme pour les autres » qu’homme tout court, vidé de toutes les présuppositions préconçues de la foi. Si la foi doit à l’occasion dire à une montagne de se déplacer de sa route, c'est-à-dire si elle doit s’externaliser (comme la source du fleuve qui est partout à la fois et jamais la même). La foi ne prend source qu’en dehors d’elle- même, comme elle le fit par l’externalisation mutuelle d’Athènes et de Jérusalem, en un mot par le Christ, beaucoup moins homme ou femme, Grec ou Juif qu’un homme tout court !

L’homme tout court. L’homme capable de saisir cette réalité de la foi chrétienne à travers la transfiguration du monde, la transformation de la société en vue d’une justice plus équitable, celle du Règne de Dieu.

Gabriel Vahanian nous laisse un envoi biblique : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. (La bible,deuxième épître aux Corinthiens chapitre 4, verset 13 – Psaume 116,verset 10.)

Werner Burki, pasteur

NB : Nous avions entendu Gabriel Vahanian lors d’une soirée du mardi sur le thème de « Dieu anonyme » Ses publications sont « La mort de Dieu, éd. Buchet-Chastel, Paris 1962 « La condition de Dieu », éd du Seuil, Paris 1970, Dieu et l’utopie, éd. Cerf, Paris 1977, « Dieu anonyme ou la peur des mots » éd Desclée de Brouwer Paris 1989, «  L’utopie chrétienne » éd Desclée de Brouwer, Paris 1992, La foi, une fois pour toutes (Méditations kierkegaardiennes en 1996 chez Labor et Fides.