Le Caravage, interprète de La Bible - Déjeuner-débat du mardi 5 février. L'invité du jour est le pasteur Frédéric Keller.

Ce déjeuner-débat s'inscrit dans le cycle : "Le religieux dans la peinture".

 

Le Caravage, interprète de La Bible

 

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Le Sacrifice d'Isaac (en italien Sacrificio di Isacco) est un tableau du Caravage peint vers 1597 - 1598 et conservé à la Galerie des Offices de Florence (Italie). Une première version du Sacrifice d'Isaac datant de 1598 est conservée dans la collection Barbara Piasecka Johnson à Princeton, aux Etats-Unis.

Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Caravage ou Le Caravage, est un peintre italien né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ecole.

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Il faut inscrire le récit du sacrifice d'Isaac -  La Bible, livre de la Genèse, chapitre 22 -  dans la promesse que Dieu a faite à Abraham : la promesse de la venue d’un enfant qui tarde à venir. Malgré les différentes interventions de l’homme, Dieu fait en sorte que cela se passe selon son plan car Abraham et sa descendance vont jouer un rôle déterminant et unique dans l’histoire de l’humanité. Du clan familial et de ses choix décisifs va émerger un peuple, accompagné par des promesses divines. L’histoire des patriarches est avant tout la consolidation de la famille et de sa descendance pour assurer l’édification de la maison de la promesse. Et c’est dans cette configuration que Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils sur le mont Morija (lieu de construction du futur temple). Abraham est prêt à sacrifier son fils mais un ange apparait pour l’arrêter et demande à la place le sacrifice d’un bouc.

C'est cet épisode bien connu que Le Caravage met en scène.

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On remarque dans la lumière, la diagonale bras-index de l’ange – le couteau qui se fixe sur la tête d’Isaac. L’empoignade franche de l’ange sur le bras d’Abraham est puissante et le couteau est mis en scène ; c’est un couteau usuel, de la vie quotidienne. Caravage aime le détail, la lame est aiguisée. C’est un peintre très réaliste, il peint la réalité elle-même, des hommes du peuple. Dieu n’est pas lointain, il est au milieu du peuple et parfois même dans les « bas-fonds », Dieu est incarné et se révèle dans le profane de l’existence.

L’ange est un témoin de la scène, il se trouve sur le côté, tout est dans l’horizontalité, pas de verticalité dans cette action de Dieu. L’ange est idéalisé, dans une béatitude juvénile.

Urbain_VIIIOn trouve en arrière-plan un paysage de Toscane, sûrement à la demande de Mr Barberini(le pape Urbain VIII) qui a commandé ce tableau.

La lecture traditionnelle de La Genèse voit dans ce sacrifice la préfiguration du sacrifice de Christ, sacrifice du fils unique. La prolongation christique est perpétuée mais dans ce tableau de Cavarage il y a rupture à travers l’expression d’Isaac. Il n’y a pas consentement d’Isaac, la tête représente l’horreur. Comme si ce visage disait : "vous qui êtes témoins, n’êtes-vous pas scandalisés par ce sacrifice, révoltés par le meurtre d’un enfant ?"

Abraham a un air expressif, où on peut reconnaître l’incrédulité de Thomas. Caravage peint les mêmes personnages dans des situations distinctes et Abraham ressemble à Pierre dans d’autres œuvres. Abraham connaissait la pensée de dieu qui se révèle dans un décalage, là Dieu est tout autre. Cavarage voulait peut-être parler de l’amour sacrifié dans l’Eglise catholique par un Dieu vengeur.

Dans la bible, par 2 fois on annonce le sacrifice d’un agneau mais c’est l’animal adulte qui est sacrifié.

Dans le tableau de Rembrandt, c’est la fin de tout sacrifice, il s’agit d’une lecture verticale, le couteau est lâché, rien ne sera sacrifié. Dans la théologie protestante la mort de Jésus-Christ est la fin de tout sacrifice. Le sens de ce message : je te demande un sacrifice pour te prouver que je ne veux plus de sacrifice, je ne suis pas un Dieu sanguinaire. En hébreu, « fais le monter et sacrifie le (éduque le) » comme mise à l’épreuve. Est-ce que tu te tiens devant un Dieu sacrificiel ? Non, le Dieu d’Israël refuse tout sacrifice. On retrouve l’univers protestant dans Rembrandt.

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Dans l’œuvre de Chagall, Isaac est l’Adam, le couteau va vers le haut, vers Dieu, le peuple juif est dans le malheur et l’errance ; il y a verticalité dans le « jeu » de Dieu avec le croyant.

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La position du couteau indique la place du religieux pour l’artiste : 3 œuvres et 3 visions différentes de la relation avec Dieu.

Le texte biblique a des lectures différentes suivant les périodes. Il a traversé les siècles et il est un espace de dialogue car Dieu ne se laisse pas enfermer. Son interprétation n’est pas réservée à quelque uns.

A travers cette œuvre « le sacrifice d’Isaac » on perçoit le combat spirituel permanent de l’artiste.

Marie-Pierre PELERIN


*Genèse 22 – Sacrifice d’Isaac

Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici!
Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai.
Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l'holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.
Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin.
Et Abraham dit à ses serviteurs: Restez ici avec l'âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous.
Abraham prit le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et il marchèrent tous deux ensemble.
Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit: Mon père! Et il répondit: Me voici, mon fils! Isaac reprit: Voici le feu et le bois; mais où est l'agneau pour l'holocauste?
Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble.
Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois.
Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils.
Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici!
L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique.
Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils.
Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Éternel il sera pourvu.