Election d'un nouveau Pape ; point de vue d'un protestant - déjeuner-débat du mardi 19 mars 2013. L'invité du jour est Raymond DODRE, pasteur de l'Eglise protestante unie de France à Marseille.

 

Le Pape François vu par le pasteur

Raymond Dodré

 

le_pasteur_DODRE_19_marsCe mardi 19 mars 2013, fête de la Saint Joseph (oui je sais, chez les protestants, le mot "saint" ne prend pas le même sens que chez les catholiques, mais pour la suite du reportage, c’est important de donner cette précision) Raymond Dodré, le plus romain des pasteurs de France, compte tenu du nombre de fois où il se rend à Rome, a parlé du nouveau Pape François. Il a eu d’autant plus de mérite qu’il n’était vraiment pas en forme et avait été un peu « réquisitionné ».

Présenté par le responsable du parvis Thierry Scholler, Raymond Dodré, fortement engagé dans le dialogue œcuménique, a commencé par évoquer la cérémonie d’intronisation du Pape François qui s’est déroulée ce 19 mars avec « un déploiement de faste et de simplicité, sans aucune improvisation, tout étant réglé au millimètre. Le pape François a lu son texte ».

Des centaines de milliers de fidèles, 132 délégations dont 31 chefs d'Etat étaient présents ce mardi Place Saint-Pierre où le pape François a lancé officiellement son pontificat lors de sa messe inaugurale à 8h45. La France a été représentée par son Premier ministre Jean-Marc Ayrault et son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Le nouveau pape a donné les orientations de son pontificat lors de cette messe d'intronisation. Plus de 3 000 agents des forces de l'ordre (policiers, carabiniers, policiers municipaux) dont des dizaines en civil étaient déployés.

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Tout en rappelant le fonctionnement pyramidal, clérical de l’église catholique romaine, fondée sur la primauté de Pierre et de ses successeurs, le pasteur Dodré a évoqué l’élection du Pape, les raisons de cette élection si rapide qui a même surpris les membres de la conférence épiscopale et le caractère de cette élection. François sera donc un pape conservateur traditionnel, tout en affichant sur le plan social son engagement pour les pauvres, les démunis, ceux qui souffrent.

Le jour choisi pour cette intronisation donne le ton de son pontificat. St Joseph « patron de l’église, protecteur de Jésus, de Marie doit protéger chacun de nous et nous ne devons pas avoir peur de la bonté, ou de la tendresse ». Cette cérémonie célébrée le jour de la fête du pape émérite, Joseph Ratzinger est riche d’enseignement. Les deux papes se rencontreront le 23 mars.

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L’église doit être fidèle à cet accueil de chacun. Bien sûr qu’il fut question de ce que j’appelle les « fouille-poubelles », ces journalistes qui cherchent dans le passé de François ses rapports avec la dictature argentine et qui ne trouvent rien. Cet homme de 76 ans et plus vient du nouveau monde, élu par les vieux cardinaux, 4 catholiques sur 10 viennent du sud américain, il marche sur les pas de Pierre.

Les défis auxquels le Pape François va devoir faire face ne manquent pas, notamment  : la réforme de la curie, les finances du Vatican, l’homosexualité, la décentralisation pour plus de liberté aux églises, le défi de la déchristianisation, l’indifférence du monde occidental, la nouvelle évangélisation, la montée en puissance des églises évangéliques en Amérique, le défi de l’œcuménisme… bien des questions aussi à propos de l’engagement des femmes dans l’église, l’autorisation pour les divorcés de recevoir "l’hostie" (le corps du Christ pour les catholiques, la Cène pour les protestants).

Qui sera le prochain secrétaire général ? Inquiétude du pasteur Dodré à propos de l’espace luthérien : ça n’irait pas dans le bon sens. Satisfaction concernant le baiser de paix donné au Patriarche de Constantinople : un geste encourageant pour l’avenir. En effet, au titre des innovations œcuméniques, et pour la première fois depuis le schisme, le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier a assisté à la messe inaugurale du pontificat du pape François, accompagné du métropolite Zizoulias, co-président de la Commission pour le dialogue théologique entre l’Eglise romaine et l’Eglise orthodoxe, du métropolite d’Argentine et du métropolite d’Italie. Ce pape est animé d’une vraie foi en Jésus-Christ, dont ses tout premiers discours témoignent éloquemment.

Le débat qui a suivi fut naturellement passionné et passionnant : le mariage des prêtres fut soulevé avec toutes les questions-réponses qui vont avec.

Le cher pasteur Raymond Dodré a donné au cours de ce déjeuner-débat le plus fidèle des exposés auquel nous pouvions nous attendre. Un intervenant catholique n’aurait pas fait mieux. C’est dire son honnêteté intellectuelle et ce pourquoi nous l’apprécions toujours autant dans toutes ses interventions. Merci à vous Monsieur le Pasteur.

Solange Strimon


Notes complémentaires de la rédaction :

- L’ACTUALITE DE VATICAN II

Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François, va suivre fidèlement une partition écrite et établie, selon un tempo de « renouvellement » tracé par celui qui l’a précédé dans sa charge, et qui s’est précisément retiré pour que quelqu’un, selon ses vues, mette en musique et accomplisse, avant qu’il ne soit trop tard, le projet moderniste du concile de Vatican II 

- LA PRIERE

La charge pontificale relève d’un mystère particulier, par le fait qu’elle participe du droit divin, où l’élu peut être bénéficiaire d’une grâce secrète capable de transformer son intelligence de la foi, et le ramener ainsi entièrement vers la Tradition catholique. Pour cela il faudra beaucoup prier, et placer comme toujours notre espérance en Dieu seul

- LA PERSONNALITE DE FRANCOIS

A propos de la personnalité du pape François - que Jean-Paul II, lors du consistoire du 21 février 2001, décida de créer cardinal au titre cardinalice de San Roberto Bellarmino - il faut rappeler qu’il est question d’un catholicisme latino-américain, témoignant de cette exubérance démonstrative et cette immense foi, teintée de charité active pour les pauvres et les déshérités, qui en sont les signes marquants. Le pape François est un jésuite, d’un catholicisme qui est en contact avec les immenses foules des jungles urbaines, nourri d’une ferveur dévotionnelle toute latine, d’autant plus renforcée qu’elle est directement concurrencée par les prédicateurs évangéliques qui recrutent énormément au sein des populations pauvres. C’est en Amérique latine que les mouvements d’Eglise comme l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ, Communion et libération (dont est proche le nouveau pape), possèdent leurs troupes les plus nombreuses, troupes soutenues par des évêques nouvellement nommés se signalant par un attachement inconditionnel à Rome, sans mésestimer l’influence considérable exercée par des prêtres du Renouveau charismatique, comme le brésilien Marcelo Rossi qui, à la mode pentecôtiste, remplit les stades au Brésil.

- LE MESSAGE DU PAPE FRANCOIS

« Le Christ est le pasteur de l’Eglise, et sa présence se manifeste au travers de la liberté des hommes dont un est choisi pour être son vicaire en tant que successeur de l’apôtrePierre. Mais le cœur de l’Eglise c’est lui, le Christ. Sans lui l’Eglise n’existerait pas, n’aurait pas de raison d’être. Comme l’a souvent dit Benoît XVI, le Christ est présent et il guide l’Eglise. Dans tout ce qui s’est produit c’est l’Esprit qui a agi, qui a inspiré la décision que Benoît XVI a prise pour le bien de l’Eglise. Et c’est lui qui a orienté dans la prière le choix des cardinaux. Il faut tenir compte de cette perspective, de cette herméneutique, pour percer le sens des récents événements… l’Eglise existe pour communiquer la vérité, la bonté et la beauté en la personne du Christ. De fait nous ne devons pas communiquer nous-mêmes mais ces trois valeurs divines ».