Ce mardi 2 avril 2013 de 12h20 à 13h50, Marc ROUX, ingénieur agronome, Professeur honoraire de zootechnie (science qui s’occupe de l’élevage des animaux domestiques) à l'Ecole Supérieure d'Agronomie de Dijon pendant près de 40 ans, est intervenu sur le thème : « HORREUR ! Que mangeons-nous ? » Entre inquiétude, confiance et colère. Débat animé par Thierry SCHOLLER, Responsable du Parvis du Protestantisme.

 

Où nous mène notre « chère » alimentation ?

 

Spécialiste de la production et de la qualité de la viande, Marc Roux avait posé la question voici deux ans de savoir si on devait avoir peur de son assiette. Sait-on ce que l’on mange ? Regarde-t-on sur les étiquettes la composition des mets que l’on achète ? Comment en sommes-nous arrivés à ce stade de dangerosité de l’alimentation ?

Plusieurs affaires, bien relayées par les médias, nous donnent pourtant régulièrement l’alerte (la vache folle en 1996, la dioxine, tous les scandales liés aux problèmes de santé, l’affaire du bœuf devenu cheval…)

Il faut bien tenir compte du nouveau comportement alimentaire et du souci paradoxal du consommateur qui veut toujours payer moins, sans vouloir prendre conscience que toute économie se fait au détriment de la qualité. Et pourtant, ce même consommateur s’inquiète de plus en plus de sa santé. Il n’y a pas de miracle : le bon marché ne tient compte d’aucun critère de santé du consommateur. Heureusement, celui-ci montre de la résistance… si l’on en croit l’absence de contamination mortelle constatée dans les pays européens. Évidemment qu’en Chine, le problème se pose autrement. Mais peut-on comparer une vie chinoise avec celle d’un occidental ? Idem pour l’économie.

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Le temps à consacrer aux repas devenant peau de chagrin, de plus en plus de personnes achètent « tout préparé », allant même dans cette course au temps, jusqu'à utiliser INTERNET sans se poser la question de savoir d’où vient la viande, par quels circuits elle transite et qui la propose. Les dépenses alimentaires sont passées de 1960 à nos jours de 20 % à 13 %. Un constat : il y a aujourd’hui moins de produits traditionnels consommés, alors que la viande et les poissons préparés connaissent une forte hausse. Les fromages, les produits laitiers semblent plus épargnés que d’autres produits, au même titre (ou presque) que les fruits et les légumes.

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Il ne faut pas perdre à l’esprit que les industries alimentaires n’ont qu’un objectif, un seul : gagner de plus en plus d’argent, sans se préoccuper le moins du monde de la qualité. L’exemple du mouton de Nouvelle-Zélande est significatif des effets de la mondialisation : la bête arrive pratiquement fraiche, excellente, et son coût, comparé à celui de l’éleveur français, est forcément plus qu’attractif.

À propos des poulets, ce fut peut-être une découverte pour les auditeurs : tout est consommé, sans le moindre déchet. Qui se pose la question de savoir s’il vient du Brésil ou de Thaïlande ? Avant de consommer un poulet, il n’est pas inutile de connaitre son âge (plus de douze semaines, c’est parfait). Ce sont les traders qui doivent trouver le poulet le moins cher. Inutile de s’appesantir sur l’utilisation des pattes, de la peau et autres détails, tout est utilisé. Surprise pour la quiche de légumes surgelée : si elle est bien fabriquée en France, les légumes viennent de Chine, du Maroc, de Chili. L’étiquetage n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. Les œufs, par exemple, que l’on pourrait imaginer à peu près « normaux » présentent tous les défauts de leur production, au même titre que les fromages dits light, (qui reçoivent des additifs), de la viande de bœuf, des steaks hachés, les plus faciles à maquiller et les plus dangereux pour notre santé.

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Toutes ces dérives alimentaires ne profitent qu’aux riches toujours plus riches. Plusieurs émissions mettent en garde (ARTE notamment), plusieurs média papier mettent l’accent sur les risques sanitaires auxquels nous nous exposons. Les toxines naturelles, les pesticides, les métaux lourds… ne sont pas sans danger. 

Prise de conscience de la mondialisation des échanges alimentaires :

Elle ne peut que nous inciter : 

- à lire les étiquettes, même si celles-ci sont libellées en tout petits caractères et volontairement peu compréhensibles,

- à nous assurer de l’étiquetage de la provenance de l’animal, de sa race, de son âge - un seul garant pour la viande : notre boucher traditionnel !

- à respecter le cycle des saisons,

- et peut-être à limiter toute consommation de produit tout préparé, en sachant que le sel et autres condiments utilisés pour masquer la fadeur des aliments de base utilisés sont également dangereux pour la santé.

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La rediffusion récente du film « L’aile et la cuisse » avec Louis de Funès et Coluche nous a une nouvelle fois alertés sur la fabrication plus que factice de notre alimentation de base. Nous n’en sommes peut-être pas encore tout à fait là, mais on s’en rapproche un peu plus chaque jour, chaque mois, chaque année. A nous d’être vigilants et de ne pas encourager les traders à s’enrichir sur notre dos en continuant à acheter aveuglément. 

En conclusion :

Cette excellente mise en garde de Marc ROUX devrait nous permettre une plus grande vigilance sur ce que nous mangeons chaque jour. Il ne s’agit peut-être pas de devenir végétarien ou végétalien du jour au lendemain, mais de consommer peut-être moins de viande venant des grandes surfaces (80% d’achats), de faire confiance à son boucher, à son fromager (il en existe encore), d’éviter les produits transformés et dans la mesure du possible d’acheter aux agriculteurs qui produisent eux-mêmes (Aubagne) et en règle générale d’encourager les producteurs de proximité. Entre AMAP (1) et LOCAVORE (2) : nous pouvons agir et réagir contre la mondialisation.

logo_amapUne nouvelle vie commence avec - pour objectif - le respect d’une hygiène alimentaire. Et tout à coup une question surgit : le repas (morceaux de poulet mélangés à du riz safrané) nous a paru soudain suspect, l’énorme orange aussi. Compte tenu du coût, difficile pourtant de demander plus… heureusement, quelques morceaux de chocolat attendaient les gourmands et la question de se poser si les chocolats sont aussi trafiqués. Je vous laisse y répondre !

Alors que reste-t-il à manger, qui soit sans danger pour notre organisme ? Même l’air que nous respirons est pollué… 

Solange STRIMON


  1. Le terme « AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) » est enregistré depuis la mi-2003 à l'INPI en tant que marque française par l'association Alliance Provence[]. L'usage de la marque passe par l'engagement du respect de la charte des Amap[] inspirée de la Charte de l'agriculture paysanne, éditée en mai 2003 par cette même association.

  2. Le terme « locavore » a été inventé par Jessica Prentice de San Francisco en 2005 à l'occasion de la journée mondiale de l'environnement, qui a proposé aux résidents locaux d’essayer de manger seulement les aliments cultivés ou produits à l’intérieur d’un rayon de 160 kilomètres. Le New Oxford American Dictionary a défini un « locavore » comme étant une personne qui recherche des produits alimentaires locaux. « Locavore » fut le mot de l'année 2007.