Les 12-25 ans à Marseille - Accueil - Ecoute - Santé - Déjeuner-débat du mardi 14 mai 2013, animé par Thierry SCHOLLER, responsable du Parvis du Protestantisme. L'invité du jour est Hélène PICON, médecin, présidente de l'association "Information Marseille Accueil Jeunes Ecoute Santé" (IMAJESanté).

 

Vocation

 

P1180091A 6 ans, Hélène Picon souhaitait devenir pédiâtre : cela en dit long sur l'engagement de cette femme aux côtés des enfants, comme médecin pédiâtre d'abord, mais aussi dans l'association marseillaise qu'elle préside, IMAJESanté. Sans oublier ces enfants soignés par son mari néphrologue, souffrant de pathologie lourde et qu'elle et son époux ont emmenés en vacances pendant 22 ans.

Dénicher les lieux où les petits d'hommes souffrent semble être une seconde nature chez Hélène Picon : en 1990, après la chute du dictateur roumain Ceaucescu, elle accompagne "Médecins du Monde" en Roumanie. Elle fait partie de ces équipes qui ont pu constater les conditions d'accueil et de soin désastreuses des orphelins roumains. Sans identité, sans avenir, ces enfants se voyaient refuser la condition d'humain. Faire d'eux des hommes et des femmes, ouvrir une perspective dans la nuit de leur enfance pour leur permettre de grandir reste, encore aujourd'hui, un objectif constant : Hélène Picon, toujours en contact avec ces orphelinats roumains, évoque le chemin parcouru, les progrès accomplis.

Mais il n'y a pas qu'en Roumanie que les jeunes ont besoin d'écoute, de soin, d'attention de la part des adultes. Dans les années 90, les pouvoirs publics - en particulier le Conseil Général - étaient sensibilisés aux besoins des femmes enceintes, des nourrissons, mais ne semblaient pas sensibles à ceux des adolescents, en particulier en terme d'accès aux soins - depuis, une première maison des adolescents a vu le jour à Marseille, en 2003. C'est ce qui a poussé Hélène Picon à proposer en 1999 avec des amis la création de l'association qu'elle préside, IMAJESanté : en 2001, l'association voit le jour dans le centre de Marseille.

Structurée autour de trois missions, l'association s'adresse aux jeunes de 12 à 25 ans, aux familles et à l'entourage de ces jeunes et aux professionnels du secteur médico-socio-éducatif - c'est le volet formation professionnelle.

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Les jeunes de 12 à 25 ans y sont accueillis sans condition : il leur suffit de pousser la porte pour trouver une personne à leur écoute - médecin, assistant social, psychologue... Démarche anonyme ou non, elle leur permet de tenter de mettre des mots sur ce qui ne va pas, d'établir un diagnostic complet de leurs difficultés, de leur redonner un avenir, de leur rendre "la santé".

Etre en bonne santé, en effet, ce n'est pas seulement ne pas souffrir d'une pathologie : encore faut-il avoir un logement, être "bien dans ses pompes" ! L'association qui fonctionne en réseau oriente alors le jeune vers "la bonne personne" : elle n'a pas vocation à dispenser des soins de longue durée mais de permettre au jeune de prendre conscience de ses propres besoins, de les formuler de manière claire et de s'inscrire ensuite dans une démarche volontaire de remédiation.

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Le public accueilli est mixte (à peu près autant de filles que de garçons) ; il peut s'agir de jeunes français en rupture scolaire, familiale, qui, parfois, ne savent plus s'ils sont affiliés à la sécurité sociale. Des mineurs non accompagnés - ou de jeunes majeurs -, immigrés sans leur parents trouvent aussi dans l'association le moyen d'établir des ponts culturel entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil.

C'est un des identifiants de l'association : la "transculturalité". Il s'agit de ne pas nier les traces que la culture d'origine laisse, parfois sur plusieurs générations, chez les descendants d'immigrés. Les consultations transculturelles, en présence d'un "interprète culturel" permettent souvent de débloquer des situations de souffrance qui auraient pu passer pour des pathologies. C'est un des atouts de l'association, en particulier lors des consultations familiales, le deuxième volet de l'association.

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La spécificité des néo-arrivants a été soulignée par Hélène Picon. Ces jeunes adultes, en particulier lorsqu'ils ont immigré seuls, sont forts et le traumatisme qu'ils ont subi en s'arrachant volontairement à leur pays pour tenter leur chance dans le nôtre ne doit pas le faire oublier !

Hélène Picon a beaucoup insisté sur la notion de réseau : le fonctionnement en réseaux qui travaillent ensemble pour le bien-être des jeunes permet un repérage plus facile de ceux qui sont en difficulté. Seuls 30 % de ceux qui poussent la porte du local de l'association le font de leur propre chef. Le reste est adressé à l'association par des professionnels médico-socio-éducatifs, qu'il s'agisse d'enseignants, de membres d'autres associations, d'assistants sociaux de quartiers, etc. Aussi est-il nécessaire de faire connaître l'association en allant au-devant des jeunes, dans les lieux privilégiés que sont, par exemple, les établissements scolaires.

Collèges, lycées, organismes d'insertion, mais aussi écoles de la deuxième chance... Autant de lieux permettant de travailler avec les jeunes, de les faire parler des relations filles-garçons, d'évoquer la dépression ou tout problème personnel rencontré par ces adolescents ou jeunes adultes. Les établissement ont parfois été signalés par les partenaires de l'association - éducateurs ou enseignants de l'établissement, par exemple. C'est alors l'occasion de construire avec eux une information adaptée aux difficultés diagnostiquées au sein de la structure qui accueille l'association en privilégiant les actions de fond pour permettre l'instauration d'un vrai climat de confiance. Il ne s'agit pas en effet d'une démarche de promotion commerciale de l'association mais bien de se tenir au plus près des besoins constatés et de tenter d'y apporter une réponse adaptée.

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Lors des questions du public, Hélène Picon a évoqué les difficultés de communication filles-garçons. Les cas de violence sont fréquents, les filles se pliant aux exigences des garçons de peur de les voir partir, les garçons paradoxalement prompts à les traiter de "putes" lorsqu'elles se prêtent aux jeux sexuels qu'ils leur imposent. Les conduites à risque sont nombreuses (alcool, cigarette, drogue), mais l'association oriente vers des structures spécialisées les jeunes engagés dans des addictions profondes. Quoiqu'il en soit, les comportements des jeunes vis à vis des substances toxiques ont changé et de trop nombreux jeunes - et pas uniquement issus du public de l'association - ont déjà fumé un joint.

Enfin, 40 % des jeunes accueillis dans l'association sont en habitat précaire - squat, logement chez l'un ou l'autre...

On le voit bien : le tableau dressé par Hélène Picon est alarmant. Son enthousiasme, sa vitalité, son énergie n'en sont apparus que plus encourageants ! Sans jamais se départir de son sourire, elle a appelé chacun à s'engager, à soutenir son association et ce blog relaie son appel sans aucune réserve !

A bon entendeur, salut !

Fabienne Chabrolin

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