Le débat sur le "mariage pour tous" entre partisans et adversaire de la loi Taubira s'est progressivement durci, rendant l'expression des points de vue dépassionnés bien difficile.

C'est néanmoins à cet exercice que nous avons décidé de vous convier : Solange Strimon et Fabienne Chabrolin, l'une contre, l'autre pour le « mariage pour tous » proposent leur analyse.

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POURQUOI JE SUIS CONTRE LE MARIAGE POUR TOUS

Solange STRIMON

 

Une première réaction par rapport à la religion : depuis la Réformation qui date de près de 500 ans, les pasteurs ne marient pas, ils bénissent, ce qui ne donne pas du tout à cette bénédiction le caractère sacré du mariage. Pas de pape, chaque église indépendante. Pour l'Eglise catholique, le mariage c’est un homme et une femme selon des textes théologiques. En Allemagne et dans dautres États, il a été établi légalement la différence entre le mariage, institution consacrée par le code civil depuis deux siècles, et lunion civile, réservée aux couples homosexuels.

Le mariage : le signe visible de l’union du Christ et de l’Église

St Paul présente le mariage des chrétiens comme le signe visible de l’union du Christ et de l’Église. "L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair. Ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église (Eph 5/31). Le mariage est un grand mystère par rapport au Christ et à l’Église. C’est le signe visible d’une réalité spirituelle. Si l’Eglise a quelque chose à dire sur lhomme, l’explication en est simple : lhomme a été créé à limage de Dieu, fondement ultime de sa dignité, et parce que « le mystère de lhomme ne séclaire vraiment que dans le Mystère du verbe incarné » (Vatican II).

Le mariage  a une valeur constitutionnelle

La Convention européenne des droits de lhomme, la Déclaration universelle des droits de lhomme, la Convention internationale sur les droits de l’enfant de 1989 et les pactes de héran affirment tous que le mariage est lunion dun homme et dune femme. Fidèle dailleurs à cette tradition humaniste, la République a ratifié les grands textes internationaux relatifs aux droits de lhomme qui corroborent le consensus universel sur l’existence dun droit naturel humain simposant à tout législateur. Cette acceptation nationale et internationale est d’ailleurs partagée par l’ensemble des communautés religieuses repsentée sur notre territoire. Quinze pays ont reconnu le « mariage pour tous » : les cinq États scandinaves, le Portugal, lEspagne, le Royaume-Uni, mais avec des conditions difrentes des nôtres, le Canada, quelques États aux États-Unis et au Brésil, l’Argentine, lUruguay depuis hier, et lAfrique du Sud. Mais en réalité le mariage na pas, dans ces pays, la même signification qu’en France. Ils ne transposent pas le mariage, à lorigine institution religieuse catholique, inscrit dans notre droit depuis 1804.

Le droit français a en effet voulu faire du mariage une institution et un contrat solennels. Or, dans les pays précités, le mariage na pas ce caractère. Par exemple, dans les États protestants, le mariage na pas du tout la même signification : il peut être dissout dans des conditions difrentes des nôtres, et les gles applicables à ladoption ne sont pas les mêmes. Au Portugal, on ne peut pas adopter. Aux Pays-Bas on ne peut adopter un enfant que si celui-ci a la nationalité de ce pays.

Le mariage est un principe fondamental reconnu par les lois de la publique, inscrit dans la tradition républicaine et inhérent à lidentité constitutionnelle de la France, dans sa définition acceptée depuis 1804, comme le mariage est lunion dun homme et dune femme en vue de constituer une famille. Par conséquent, il a valeur constitutionnelle. Le mariage reste lunion dun homme et dune femme, ce qui relève de lordre physique de la nature, commun à tous les êtres animés. Il s’agit de la conception du droit romain, par extension celle du code civil.

Cette institution multiséculaire trouve entre autres ses fondements dans la Déclaration des droits de lhomme et du citoyen, qui est le fondement de létat de droit dans notre pays. Elle proclame que les hommes naissent libres et égaux en droits. De cette affirmation découlent plusieurs conséquences. La première est que les droits de lhomme s’enracinent dans le droit naturel et qu’ainsi le droit ne peut être bâti sur des constructions virtuelles : le droit civil en particulier, celui de la famille avec ses éléments constitutifs (le mariage et la filiation) ne peut prendre en considération une entité artificielle l’enfant ne connaîtrait pas ses parents réels, père et mère, et la naissance, la filiation, la structure familiale deviendraient des fictions. Cet enracinement naturel du droit civil nest nullement contradictoire avec le fait que tous les êtres humains soient égaux, quils aient des droits identiques.

Mais cette égalité ne peut nier les différences, notamment sexuelles, qui font la richesse de lhumanité. La difrence naturelle entre les êtres humains explique que des constructions sociales et juridiques difrentes (le mariage, le PACS, lunion civile) doivent permettre d’arriver au même but : légalité de droits. La différence entre les sexes est fondatrice de la société et cette réalité naturelle ne peut être niée au profit daberrations qui lui substitueraient une orientation sexuelle particulière, fruit du ressenti des individus. Laltérité sexuelle est bien le fondement du mariage tel que le contrat social de notre République le définit.

Il ne fait donc absolument aucun doute que le principe selon lequel le mariage désigne lunion dun homme et dune femme est un principe de droit constamment « reconnu », depuis 1792, par les lois de la République et donc intégré à notre « tradition publicaine ». Ce méta-principe au cœur de la « constitution civile de la France » est donc inhérent à notre « identité constitutionnelle ». Seule une révision constitutionnelle expresse, voulue par le peuple souverain, pourrait abattre une base fondamentale du contrat social des Français. Admettre l’établissement dun lien de filiation, simplement en raison du mariage contracentre personnes de même sexe, permettrait de donner effet à la conception denfants à l’étranger, au moyen de techniques prouvées par le droit français et son ordre public international, tel que le recours à la procréation médicalement assistée ou à la maternité pour autrui.

En conclusion :

Le sens de la « réforme de civilisation » prônée par Mme Taubira, au nom de laquelle le gouvernement entend « arracher les enfants au déterminisme de la religion » (Christine Taubira à lAssemblée nationale) et faire de l’Education nationale un instrument susceptible de promouvoir une « morale laïque » pour « arracher lélève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » (Vincent Peillon) n’a d’autre objectif que dimposer à lensemble de la société une politique hélas synonyme de « culture de mort » dont la promotion de lidéologie du genre.

La Loi Taubira ouvre la porte à toutes les dérives sociétales concernant l’homme, en tant qu’individu et si cette loi passe, elle sera combattue jusqu’à ce que l’on parvienne à un référendum et à une ALLIANCE CIVILE pour les homosexuels. Pour mémoire : le combat des homosexuels avait été placé hier sous le signe du « droit à la différence », droit qui avait été reconnu par l’ensemble de la communauté nationale avec la création du PACS, qui devait être aménagé. Pourquoi alors ce changement, s’il n’est le fait de l’influence de puissants lobbyistes gays et l’assurance d’un marché florissant. Qu’on me permette toutefois de m’étonner que nombre d’élus (à commencer par le Président de la République) se prononcent contre le mariage et vivent librement, sans alliance, sans « corde au cou ». La loi Taubira : un cheval de Troie ou l’annonce d’une société style « Orange mécanique »…

Solange Strimon - 2 mai 2013

 

 

POURQUOI JE SUIS POUR LE MARIAGE POUR TOUS

Fabienne CHABROLIN

 

 

Le débat sur le « mariage pour tous » est né d'un malentendu, et s'est complexifié en raison de la question connexe de la filiation.

Le malentendu, c'est la polysémie du mot « mariage ». En effet, lorsqu'on utilise le mot mariage, parle-t-on du contrat civil qui lie deux personnes – jusqu'à aujourd'hui un homme et une femme dans notre pays – et qui est institué et encadré par le code civil ou parle-t-on du mariage hérité de la tradition religieuse – essentiellement catholique –, sacrement solennel qui unit un homme et une femme jusqu'à la mort de l'un des d'eux ?

Il est manifeste que les nombreuses références des adversaires du « mariage pour tous » au caractère sacré du mariage, à son ancrage dans une histoire millénaire font table rase d'une évidence : la manière dont les hommes et les femmes ont eu coutume de s'unir, de fonder des familles, d'élever des enfants au cours des siècles et suivant les territoires est d'une infinie variété. Les systèmes anthropologiques ne se résument pas à la famille nucléaire qui n'a pas toujours été la règle, y compris en France, comme le rappelle l'historien Emmanuel Todd.

Le législateur révolutionnaire qui a institué le mariage civil en France a, évidemment, gardé une partie de l'héritage du mariage religieux, comme par exemple la monogamie : cela ne permet néanmoins pas de considérer que le mariage civil doit se conformer à une tradition religieuse que l'on a su et dû remettre en cause et qui a été un facteur de progrès pour les non catholiques et les femmes. Car la séparation du religieux et du civil a été consommée dans le mariage non seulement par la distinction entre mariage civil et mariage religieux, mais surtout par l'assujettissement du second au premier ! Quel prêtre accepterait de bénir l'union d'un couple qui n'aurait pas été au préalable marié civilement ?

C'est pourquoi je pense que la virulence des attaques contre le mariage pour tous, lorsqu'elles viennent de croyants – Juifs, Chrétiens ou Musulmans – cache une crainte : celle de devoir assumer une position de refus une fois la loi passée. Quelle sera en effet la décision des institutions religieuses lorsqu'elles seront confrontées aux premières demandes de célébration de mariage de deux homosexuel(le)s ? Cette question ne peut se poser que si le mariage civil de deux personnes du même sexe est entériné. Se posera alors le même dilemme que pour l'accueil des divorcés à l'eucharistie dans l'Eglise Catholique.

En somme, les institutions religieuses qui n'ont pas anticipé ce tournant sociétal courent un risque énorme.

Soit elles accueillent les couples mariés civilement, mais il s'agira alors d'une remise en cause qui peut en appeler d'autres et suppose de réformer la lecture traditionnelle de certains des textes fondateurs de ces religions qui ont été interprétés comme hostiles à l'homosexualité.

Soit elles ferment la porte aux couples homosexuels mariés civilement : il leur sera alors difficile d'expliquer que leur décision d'exclusion est motivée par l'amour du prochain et elles se couperont d'une partie de l'opinion favorable au « mariage pour tous », creusant encore le fossé qui les sépare de la société.

La question de la filiation, quant à elle, paraît au premier abord traitée de façon plus rationnelle dans le débat public, et l'on peut convenir qu'il est pertinent de se demander s'il est souhaitable que des enfants soient élevés par des personnes de même sexe. Soit !

Si je peux donc comprendre cette inquiétude, je m'étonne néanmoins qu'on n'ait pas produit les études démontrant les ravages de l'éducation homoparentale. Les situations d'homoparentalité existent depuis longtemps, soit de fait dans notre pays, soit de droit dans les pays qui ont légalisé la procréation médicalement assistée ou l'adoption par les couples homosexuels. Sans parler des enfants élevés par des femmes seules – ou, moins souvent, par des hommes seuls – lorsque des parents se séparent. Et que dire des enfants élevés par une mère et une tante ou une grand-mère lorsque le père est décédé ?...

On le voit bien, les situations où l'éducation n'est pas assumée par deux personnes de sexes différents ne manquent pas. Il me semble donc excessif de prétendre que nous n'avons pas encore de recul suffisant : les dangers supposés de l'homoparentalité auraient été démontré depuis longtemps si ce risque était réel.

On rétorquera peut-être que le danger vient du mensonge proféré en laissant croire à l'enfant qu'il est né de deux personnes du même sexe ! Mais qui peut imaginer qu'une telle fable sera servie aux enfants qui seraient accueillis dans ces familles ? Il n'a jamais été question de tromper les enfants sur leur origine biologique.

La vérité est que l'on doit être clair sur la filiation en cas d'adoption comme de procréation médicalement assistée, quel que soit le sexe des deux parents. L'adoption montre bien que la parentalité peut se construire en dehors de tout repère biologique. Qu'on soit ou non le géniteur de son enfant, il importe d'en devenir le parent lorsqu'on a la charge de son éducation. Cessons de croire que ce transfert de l'engendrement vers la parentalité est naturel et automatique et relève d'un hypothétique « instinct parental » ! Si tel était la cas, il y aurait moins d'enfants maltraités par leurs parents !

Enfin, la question de la filiation montre aussi que nous n'en avons pas encore tout-à-fait fini avec le lien entre sexualité et procréation : après près de 50 ans de légalisation de la contraception, le débat sur le « mariage pour tous » apporte un éclairage sur la persistance des résistances à l'idée que l'on puisse vivre sa sexualité sans la finalité de la procréation.

En somme, ce débat aura aussi permis de rappeler que le mariage comme la filiation relèvent davantage de la relation que du renouvellement de l'espèce humaine. N'est-ce finalement pas une idée assez raisonnable et optimiste ?

Fabienne Chabrolin