Les otages au NIGER : Marseille se bouge ! - déjeuner débat du 28 mai 2013, animé par Frédéric Keller. L'invité du jour est Yves Gizard, le coordonateur du comité marseillais de soutien aux Otages d'Arlit.

 

Les otages au NIGER : Marseille se bouge !

 

1000 jours, c'est long, très long pour qui est détenu injustement, loin des siens, de son pays... C'est ce triste record qui pourrait être atteint le 12 juin par 4 des 7 otages enlevés au Niger dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010. 

Au cours de cette nuit, un commando de 3 hommes se réclamant de Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a défoncé la porte du domicile de Daniel et Françoise Larribe, à Arlit (Niger), a chargé Daniel et Françoise dans un Pick-up et a démarré avec 6 autres personnes. 8 otages, dont un ingénieur nigérien qui sera "libéré" (faut-il dire : "abandonné" ?) par ses ravisseurs et qui pourra donner l'alerte ensuite.

MALI_NIGER

C'est ainsi qu'a commencé le périple qui a conduit les otages et leurs ravisseurs, à vive allure, plein ouest, pendant 2 jours de fuite jusqu'au nord du Mali. Voyage difficile avec ensuite des déplacements tous les 2 ou 3 jours : le confort est sommaire, la nourriture à l'avenant (de l'eau saumâtre, un repas de riz par jour et de la viande une fois par semaine).

Ces détails, c'est Françoise Larribe qui a pu les donner : libérée après 5 mois et demi de captivité, elle a pu témoigner des circonstances de cette fuite à travers le Sahel. Et lorsqu'on lui a demandé si les otages avaient été maltraités, elle a simplement répondu qu'il n'en était rien : otages et ravisseurs ne partageaient-ils pas les mêmes conditions de vie spartiates ?!

Un frère de Françoise Larribe, est venu raconter l'histoire de cet enlèvement mardi 28 mai au Parvis du Protestantisme, accompagné de Yves Gizard, le coordonateur du comité marseillais de soutien aux Otages d'Arlit.

On pourrait poursuivre et donner des détails comme autant d'intrusions dans le quotidien transformé en drame des détenus : à quoi bon ? L'impression que l'on retient du récit, c'est ce qui ressort de nombreux récits de victimes ou de proches d'attentats ou de crimes : l'irruption brutale de la violence dans des vies que rien ne prédestinait à cette douleur. "On n'est jamais préparé à être famille d'otages" disait la mère d'un des otages.

La complexité du contexte politique de la région qui a été le théâtre de ce rapt ne rend pas les choses faciles : l'enlèvement s'est produit sur fond de contestation par AQMI de la loi sur l'interdiction du voile islamique intégral dans les lieux publics en France en 2010. Mesure de rétorsion vis à vis de la France qui a transformé chaque employé français de multinationale puissante et financièrement solvable en otage potentiel. Mais le conflit qui oppose depuis plus d'un an l'armée régulière malienne et les rebelles Touaregs du MNLA (Mouvement National pour la Libération de l'Azawad) a brouillé le message initial. En effet, le mouvement salafiste Ansar Dine, proche d'autres mouvements islamistes, opposé lui aussi à l'armée régulière malienne et un temps allié objectif des rebelles Touaregs, a durci ses positions vis de la France depuis l'intervention de celle-ci aux côtés des forces du gouvernement du Mali.

Dans ce contexte, on peut comprendre l'angoisse des familles des 6 détenus au Mali : après deux années et demi de silence, 4 des 6 familles d'otages ont décidé de médiatiser la situation de leur proches détenus. Avec la conscience aigüe qu'il est plus difficile d'attenter à la vie d'un otage lorsque les médias du monde sont tournés vers lui. Avec le sentiment, sans doute aussi, que le groupe de pression de l'opinion publique peut hâter la détermination du gouvernement à trouver une issue. Enfin, et c'est certainement l'élément déterminant dans le choix de rendre publique et visible la situation des otages : avec l'espoir de susciter le soutien public aux familles et proches qui, depuis plus de deux ans et demi, attendent la libération des leurs.

Des comités de soutien ont donc été constitués pour organiser cette médiatisation ; un site a été créé, otagesniger.fr, ainsi qu'une page facebook. C'est un des paradoxes de notre époque : les réseaux sociaux raccourcissent les courroies de transmission entre les ravisseurs et les familles.

Vous pouvez signer le manifeste des familles des otages en vous rendant sur le site otagesniger.fr.

1000 jours, c'est long, très long pour qui est détenu injustement, loin des siens, de son pays... Notre espoir, notre désir, notre prière, c'est que Pierre Legrand, Marc Ferret, Thierry Dol, Daniel Larribe, ainsi que les autres otages du Mali, recouvrent enfin la liberté.

Fabienne Chabrolin