Avec Armando Coxe : embarquement pour revivre un « autre » Marseille

 

Ce mardi 18 juin 2013 de 12h20 à 13h40 en écho à la Fête de la Musique du traditionnel 21 juin, Armando COXE, Journaliste, Musicien, Producteur d'émissions musicales, est venu nous parler de "Marseille, port(e)des musiques du monde". Le débat était animé par Thierry Scholler, Responsable du Parvis du Protestantisme.

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Compte tenu du sujet et de la proximité du rendez-vous musical, le Parvis du Protestantisme aurait dû afficher complet. Ce ne fut pas le cas et c’est bien dommage pour le conférencier et les amateurs de musique qui auraient pu réviser leurs connaissances musicales… ou en acquérir. Mais soyons réalistes, en ce moment, grâce à MARSEILLE 2013, les événements se succèdent les uns aux autres, au même titre que les conférences, les animations, les sorties et la plage enfin disponible pour qui attendait les premières chaleurs. Et il n’est pas possible de se cloner !

Armando Coxe, cet homme aux plusieurs casquettes, d’origine africaine, marseillais d’adoption, a eu la chance d’être fils de pasteur, ce qui lui a donné une culture musicale inestimable et cet amour de la vie qui commence en louant Dieu chaque jour, sans même savoir qu’il s’agit parfois d’une musique de Bach. Mais il ne se sentait pas assez prédicateur pour devenir lui-même pasteur, après des études de théologie, trop sensibilisé par les rythmes de la musique, celle qui donne à la vie des accents de fête, même – et surtout - si le parcours terrestre est plus que semé d’embûches. Rien de tel que la musique africaine et américaine pour remettre les pendules à l’heure. Armando Coxe aime toutes les musiques qui viennent du sud, celles qui transcendent le corps et l’esprit et durant le temps imparti, il nous a fait partager sa passion.

Ce musicien est considéré comme un opérateur culturel respecté dans la Cité Phocéenne où il s’est forgé la réputation de découvreur de talents artistiques et spécialiste des Musiques du monde. Personnage éclectique, il fut le premier à avoir lancé une émission radiophonique sur la « Word Music » en région PACA, sur les ondes de Radio Grenouille avec sa célèbre émission Cocotte Musique. Durant près de 20 ans, il a donné aux musiciens toutes les chances d’exister, de se faire un nom pour envisager une carrière, ou tout au moins y croire. La musique noire américaine, le jazz, le blues, le rai, le banjo étaient au programme de cette rencontre.

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Ce journaliste, producteur, musicien et Dj, consultant culturel, passionné de la littérature et des vibrations sonores du monde ainsi que de ses « arrivages » depuis un siècle à Marseille a rappelé le passage de plusieurs artistes locaux et internationaux - célèbres et anonymes - tels que Miriam Makeba, Lili Boniche, Manu Dibango, Milton Nascimento, Cesaria Evora, Abed Azrié, Papa Wemba, Seu Jorge, Juan Carmona, Omar Sosa, Kassav, Emmanuel Djob et tant d’autres… Autant dire, un œcuménisme musical qui, à l’occasion de la fête de la musique, fait trait d’union entre Marseille, port de toutes les musiques, avec le reste du monde. Marseille, porte de l’orient, Marseille, son exposition coloniale et toutes ses richesses, Marseille d’une autre époque, Marseille qui donnait envie de rêver et de réussir par le travail, le talent, le courage...

Il ne faudra jamais oublier le fait qu’avant les célèbres années 20, Marseille recevait – en tant que port – tous les marins du monde et tous les musiciens qui rêvaient de transporter leur musique, leur culture en passant par Marseille, pour y rester ou pour monter vers la capitale ou encore aller à New York, Los Angeles. Marseille "la plus ancienne et la plus atypique des villes françaises aura toujours bénéficié de l'étonnante vitalité de ses créateurs, de ceux qui y ont puisé l'essentiel de leur inspiration, de ceux oui ont porté au loin sa renommée, ou encore de ceux venus d'ailleurs poser sur elle un regard fraternel ou critique, sachant que jamais, elle n'aura laissé quiconque indifférent" peut-on lire dans le très bel ouvrage consacré à Marseille par Jean Contrucci et Gilles Rof, dans lequel figure notre Armando Coxe. Ceux-ci proposent un état des lieux de ce qu'est la culture à Marseille, aujourd'hui et depuis 2600 ans sur 400 pages inspirées et inspirantes d'une culture marseillaise mouvante, plurielle et populaire, vivante et foisonnante...

coxe___portraitLe jazz, première musique mondialisée, présent à Marseille dès les années 1920, popularisé par les orchestres de soldats noirs américains qui s’imposent à la fin de la Première Guerre Mondiale, conquiert le music hall. Le roman Banjo, de Claude McKay, fondateur du mouvement littéraire apparaît. C’est dans les années 1930-1940 que se constitue un milieu du jazz local, avec ses musiciens, ses amateurs et ses propagandistes. Marseille accueille à la Libération des centaines de soldats américains et devient, grâce à eux, la capitale française du jazz. À dater de ce moment, le jazz s'installe définitivement dans la ville.

Armando Coxe devait s’attarder sur ce qui permit à Marseille de se distinguer des autres villes avec le célèbre Alcazar, un passage obligé pour conquérir le pays. Paulus et Mayol y font des débuts agités, tout comme Thérésa en 1867. En 1908, la revue « Li Sian Touti » voit les débuts du jeune Maurice Chevalier ainsi que ceux de sa compagne du moment Nine Pervenche alias Fréhel. les vedettes nationales passent à l'Alcazar de Marseille, ce qui n’empêche par le public de porter en triomphe jusqu’aux années 1920 les gloires locales : Alida Rouffe (la fille de Louis Rouffe), Fortuné Aîné et son frère Fortuné Cadet, Andrée Turcy, Suzanne Chevalier, Marguerite Chabert, Berval, Cloé Vidiane ou encore Mercadier. Le public de l’Alcazar apprécie, souvent en raison de leur origine, des artistes tels que Georgel, Louis Boucot, Andrex, Darcelys, Alibert ou Réda Caire. Tino Rossi (mars 1933) ou Yves Montand (juin 1939). les vedettes de l’époque y passent, notamment Fréhel, Berthe Sylva, Mistinguett, Mayol, Maurice Chevalier, Joséphine Baker, Charles Trenet, Rina Ketty… Joséphine Baker, qui a dansé avec des bananes autour de la taille, et dont on a vu un remarquable document à la télévision récemment.

L’alcazar, fermé pendant la Seconde Guerre mondiale, accueillera quand même quelques artistes comme Darcelys, Fernand Sardou, Jean Leroy, Viviane Colin... A sa réouverture en 1946, l’Alcazar est un cinéma. Il faut attendre décembre 1949 et l’arrivée de Robert Trébor à la direction pour que la salle redevienne un music-hall à part entière, avec programmation de revues ou d'opérettes marseillaises. On y entend les anciens, des chansonniers et humoristes (Pierre Dac, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Pierre-Jean Vaillard, Fernand Raynaud…), des musiciens de jazz (Sidney Bechet, Lionel Hampton, Thelonious Monk...) ainsi que des matchs de catch, des concours de chant...

Beaucoup de noms connus, méconnus ou oubliés, et une belle rencontre avec cet Armando Coxe, qui pourrait faire croire encore qu’à Marseille, s’il y a eu des miracles, il peut peut-être encore en avoir d’autres par la musique, le chant, l’art…

Solange Strimon