Marseille a-t-elle un avenir industriel ? - déjeuner-débat du mardi 9 avril 2013, animé par Christian Apotheloz, consultant, Rédacteur en chef de Radio Dialogue 89.6. L'invité du jour est Jacques Garnier, économiste, chercheur-associé au Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail (LEST, Aix-Marseille Université).

 

Marseille a-t-elle un avenir industriel ?

 

Jacques GARNIER commence par se présenter : Ardéchois et catholique d'origine, il a fait ses études à Grenoble et Aix-en-Provence.

Il dit avoir exercé trois "professions" :

1/ Enseignant (pour étudiants et adultes

2/ Chercheur ("de terrain") au L.E.S.T. à Aix-en-Provence – développement économique régional.

3/ Acteur du développement économique (cf. Pôle d'Arbois aux Milles)

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Ces dernières décennies, nous avons assisté à la mutation/destruction de l'appareil productif. Elle a fait beaucoup de dégâts, y compris dans les compétences des salariés de la région. Mais aussi à la mutation/construction d'un appareil productif différent.

Avant de répondre à la question : Marseille a-t-elle un avenir industriel ? Il faut répondre à trois questions :

- de quelle Marseille parlons-nous ? Marseille ville ou Marseille métropole ?

- Marseille a-t-elle vraiment un passé industriel ?

- Qu'entendons-nous par industrie ?

1/ Beaucoup d'activités, entre le service et l'industrie, ont vu le jour en périphérie des grandes agglomérations. (cf. Aix, Aubagne, etc.…)

Pendant une trentaine d'années, les périphéries s'industrialisent au détriment des centres-villes. La population suit. Toutes ces activités font en général système entre elles.

On voit apparaître un appareil productif de type nouveau.

On passe de l'industrie manufacturière à une industrie qui produit à la fois des biens et des services.

Le processus productif conjugue de manière indissociable la fabrication, du service aux entreprises, la logistique, le marketing, de la recherche et du développement… C'est un appareil productif d'un type nouveau, configuré comme une constellation, dont l'industrie n'est qu'un des éléments.

2/ Quel moteur possible pour un avenir de l'appareil productif marseillais ?

- La logistique, à condition que ce ne soit pas que de la logistique de passage. Transport des marchandises. Des voyageurs. De l'information et production locale.

- Mettre en place un processus d'intégration productive.

- Transporter c'est bien, créer de la valeur c'est mieux.

- Science et technologie. Chez nous, il semble qu'il y ait un hiatus entre l'innovation, le développement technologique et les unités de production. Pour l'instant, on n'arrive pas, malgré de nombreuses tentatives, à combler ce hiatus. Ponctuellement, certains ont réussi à aller au-delà (de ce hiatus), comme dans le monde maritime offshore ou le nucléaire. On a vu se développer un certain nombre de compétences. (Cf. intervention en milieu hostile, robotique...) Des gens dans ces secteurs, ont réussi à communiquer, à travailler ensemble et à partager leurs compétences pour en élaborer de nouvelles.

 - Développer une culture de l'innovation, de « l'exploration » et de la mise en commun de ressources et de compétences.

Christian APOTHÉLOZ et Jacques GARNIER nous démontrent, exemples à l'appui, qu'il faut se méfier des statistiques, elles peuvent masquer de vrais changements et insister sur des variations qui n'en sont pas. (Cf. externalisation)

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S'ensuit un débat avec la salle.

Jacques GARNIER se montre à la fois satisfait de la situation et très confiant dans l'avenir. Dans notre métropole, il y a beaucoup plus d'entreprises qu'on ne le croit, avec une grande variété de compétences, souvent très pointues.

Tout ça, nous le savons.

C'est bien, mais il semble oublier que ce qui inquiète les Marseillais, ce n'est pas l'emploi des ingénieurs, des juristes ou des médecins, c'est l'emploi de ceux qui fournissent le contingent, de ce qu'il est convenu d'appeler la main-d'œuvre industrielle, les ouvriers et employés peu qualifiés, les agents de maîtrise, les techniciens et même les cadres de proximité. Employés par milliers par les grandes entreprises industrielles.

Aujourd'hui et sans doute demain, ces emplois font cruellement défaut. Ils ne nous permettent pas résorber notre chômage à deux chiffres. Il ne représentent pas ces réservoirs d'emplois peu qualifiés qui ont fait vivre tant de ceux qui se rendaient chaque matin aux manufactures de tabac, aux dattes, aux pâtes, thés, cafés, granulats, etc.

Tout le monde ne peut pas faire partie de l'élite (sinon ce ne serait plus l'élite, par définition). Quels emplois demain pour ceux qui n'ont pas pu, pas su ou pas voulu faire les études qui leur auraient, peut-être, permis de participer aux pôles d'innovation technologique dont nous parle le professeur GARNIER ?

 

François Cassin