Tous migrants, tous Marseillais, les défis de la mémoire
Tous migrants, tous Marseillais, les défis de la mémoire - déjeuner débat du 4 juin 2013 - L'invité du jour est Ramzi TADROS, Historien et chargé de mission d'Approches Cultures et Territoires, animateur du Réseau pour l'Histoire et la Mémoire des Immigrations et des Territoires.
Tous migrants, tous Marseillais, les défis de la mémoire
Ramzi Tadros est né en Egypte de parents palestiniens : enfant, il a suivi ses parents en Algérie où leur profession les appelait, pays dans lequel ils ont passé 5 ans. Si l'on ajoute que la famille de Ramzi Tadros appartenait à la minorité chrétienne en Egypte, qu'elle avait des origines grecques orthodoxes, on comprendra que cet historien habitant à Marseille depuis plus de 35 ans, et qui a obtenu la nationalité française, s'y entend pour nous promener dans des territoires dont les frontières sont brouillées par les destinées particulières.
C'est donc tout naturellement que Ramzi Tadros s'est tourné vers l'histoire, celle qui s'applique à comprendre, au-delà des statistiques et des grandes tendances, les motivations profondes des individus. D'abord intéressé par la Méditerranée, le hasard de la vie lui permet d'aborder l'histoire de l'immigration. C'est finalement en qualité de bibliothécaire qu'il peut assouvir sa passion de la transmission et orienter ses recherches vers l'histoire des immigrations.
L'histoire humaine est indissociable de l'histoire des immigrations. La mobilité des hommes est une constante. Aussi est-il curieux de voir que les mythes sur lesquels les nations ont construit leur identité ont presque toujours lissé les aspérités formées par les mouvements de population. Or, l'histoire de nos pays s'est construite par et avec l'apport de ces hommes et ces femmes, venus d'ailleurs broder de nouveaux motifs sur la trame locale. Leur histoire est souvent singulière et mérite qu'on s'y arrête. Quitte à aller à contre courant d'une tendance autrefois exclusive qui laissait peu de place aux particularismes.
A trop vouloir s'éloigner du terrain, à trop prendre de la distance, on risque de ne pas saisir l'épaisseur de l'humain. "Dézoomer" de manière excessive produit aussi cet éloignement de la vie des gens qui les conduit parfois à ne jamais se reconnaître dans ce que l'histoire raconte de leur propre destin.
L'immigration a ainsi d'abord été appréhendée en termes quantitatifs : "combien sont-ils ?" Puis vient la question de leur force de travail : "où se sont-ils installés, dans quelles activités se sont-ils investis ?" Mais c'est oublier qu'ils apportaient dans leurs valises leur histoire, leur culture, leurs croyances.
Trois histoires permettent d'illustrer ce que Ramzi Tadros veut nous faire comprendre.
La première concerne l'enquête réalisée par le correspond du journal "Libération" à Montpellier, Pierre Daum : en 2005, il se rend à Arles pour écrire un papier sur la grève de Lustucru. Pour les besoins de son enquête, il visite le musée du riz en Camargue dans lequel il remarque des photos d'indochinois travaillant le riz. Intrigué par la présence de ces asiatiques si loin de leurs terres natales, il découvre leur histoire : ramenés de force en 1939 par l'Etat français pour compenser le manque de main d'oeuvre provoqué par la mobilisation, ces hommes ont été enrolés dans les poudreries françaises. La capitulation provoque la fermeture, à la demande des Nazis, de ces poudreries : ces travailleurs indochinois sont alors "loués" à des entreprises. Sans autre compensation que le gîte et le couvert sommaires ! Du travail forcé, en somme. C'est ainsi que les ouvriers des poudreries de Camargue ont été contraints d'implanter des rizières dans les marécages camargais. Certains d'entre eux ont été rapatriés après la guerre, d'autres sont restés en France.
Le deuxième exemple choisi par Ramzi Tadros concerne la "Marche pour l'Egalité et contre le Racisme" en 1983, appelée ensuite par les médias "Marche des Beurs". Cette marche qui s'inspirait des initiatives de Martin Luther King et Gandhi avait été initiée par des militants lyonnais issus de l'immigration sur fond de percée du Front National lors d'élections locales et de brimades policières vis à vis d'immigrés. Cette marche a débuté à Marseille - lieu de débarquement des immigrés venant du Maghreb - et s'est poursuivie jusqu'à Paris. Les recherches menées par les historiens évoqués par Ramzi Tadros concernent le rôle et l'importance de Marseille dans cette Marche.
Enfin, Ramzi Tadros évoque l'histoire singulière des Harkis accueillis à Ongles, près de Forcalquier (Alpes de Haute Provence) qui ont pu quitter l'Algérie et échapper à une mort probable grâce à la vigilance et à l'efficacité d'un officier français indigné par les consignes ordonnant l'abandon des Harkis en Algérie.
Trois exemples qui montrent que les raisons de la présence d'immigrés en France peuvent être très diverses, singulières, et ne sauraient être résumées dans une approche purement statistique.
Le débat qui a suivi l'exposé de Ramzi Tadros était très animé. De nombreux auditeurs avaient une anecdote à partager : les récits d'immigration ne laissent pas indifférent, car chacun d'entre nous a un rapport plus ou moins proche avec l'immigration. Deux questions principales ont été traitées : "pourquoi est-on conduit à émigrer ?" et "qu'en est-il du retour ?"
Les raison d'émigrer, on l'a vu, ne relèvent pas toutes des mêmes causes : si la misère et la guerre expliquent certains départ, Ramzi Tadros rappellent qu'il faut une belle dose d'amour de la vie et de courage pour s'arracher à un monde familier et se jeter dans l'inconnu ! Quant au "retour", il tente parfois les générations suivantes. Mais il reste difficile, et n'est pas toujours possible. A cet égard, je citerai une anecdote raconté par un enfant d'immigré marocain il y a quelques années, sur l'antenne de France Culture : les Français d'origine marocaine seraient appelés les "Chez moi là-bas" par les Marocains, moquant ainsi leur propension à évoquer sans cesse la France lorsqu'ils sont en vacances au Maroc !
Je ne résiste pas au plaisir d'évoquer une anecdote amusante racontée par une auditrice enseignante. Elle a rapporté la réflexion d'une élève en visite à Versailles : "en fait, toutes les reines de France, c'était des immigrées comme moi !" Joli, n'est-ce pas ?
Enfin, Ramzi Tadros a rappelé que le vivre-ensemble demandait un effort permanent : pour accueillir, pour être accueilli, pour se comprendre et s'entraider... Un combat pacifique qui doit être mené génération après génération, au gré des flux de populations, sans relâche, avec vigilance et bienveillance.
Un message d'optimisme et d'espoir, en somme !
Fabienne Chabrolin
Les otages au NIGER : Marseille se bouge !
Les otages au NIGER : Marseille se bouge ! - déjeuner débat du 28 mai 2013, animé par Frédéric Keller. L'invité du jour est Yves Gizard, le coordonateur du comité marseillais de soutien aux Otages d'Arlit.
Les otages au NIGER : Marseille se bouge !
1000 jours, c'est long, très long pour qui est détenu injustement, loin des siens, de son pays... C'est ce triste record qui pourrait être atteint le 12 juin par 4 des 7 otages enlevés au Niger dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010.
Au cours de cette nuit, un commando de 3 hommes se réclamant de Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a défoncé la porte du domicile de Daniel et Françoise Larribe, à Arlit (Niger), a chargé Daniel et Françoise dans un Pick-up et a démarré avec 6 autres personnes. 8 otages, dont un ingénieur nigérien qui sera "libéré" (faut-il dire : "abandonné" ?) par ses ravisseurs et qui pourra donner l'alerte ensuite.
C'est ainsi qu'a commencé le périple qui a conduit les otages et leurs ravisseurs, à vive allure, plein ouest, pendant 2 jours de fuite jusqu'au nord du Mali. Voyage difficile avec ensuite des déplacements tous les 2 ou 3 jours : le confort est sommaire, la nourriture à l'avenant (de l'eau saumâtre, un repas de riz par jour et de la viande une fois par semaine).
Ces détails, c'est Françoise Larribe qui a pu les donner : libérée après 5 mois et demi de captivité, elle a pu témoigner des circonstances de cette fuite à travers le Sahel. Et lorsqu'on lui a demandé si les otages avaient été maltraités, elle a simplement répondu qu'il n'en était rien : otages et ravisseurs ne partageaient-ils pas les mêmes conditions de vie spartiates ?!
Un frère de Françoise Larribe, est venu raconter l'histoire de cet enlèvement mardi 28 mai au Parvis du Protestantisme, accompagné de Yves Gizard, le coordonateur du comité marseillais de soutien aux Otages d'Arlit.
On pourrait poursuivre et donner des détails comme autant d'intrusions dans le quotidien transformé en drame des détenus : à quoi bon ? L'impression que l'on retient du récit, c'est ce qui ressort de nombreux récits de victimes ou de proches d'attentats ou de crimes : l'irruption brutale de la violence dans des vies que rien ne prédestinait à cette douleur. "On n'est jamais préparé à être famille d'otages" disait la mère d'un des otages.
La complexité du contexte politique de la région qui a été le théâtre de ce rapt ne rend pas les choses faciles : l'enlèvement s'est produit sur fond de contestation par AQMI de la loi sur l'interdiction du voile islamique intégral dans les lieux publics en France en 2010. Mesure de rétorsion vis à vis de la France qui a transformé chaque employé français de multinationale puissante et financièrement solvable en otage potentiel. Mais le conflit qui oppose depuis plus d'un an l'armée régulière malienne et les rebelles Touaregs du MNLA (Mouvement National pour la Libération de l'Azawad) a brouillé le message initial. En effet, le mouvement salafiste Ansar Dine, proche d'autres mouvements islamistes, opposé lui aussi à l'armée régulière malienne et un temps allié objectif des rebelles Touaregs, a durci ses positions vis de la France depuis l'intervention de celle-ci aux côtés des forces du gouvernement du Mali.
Dans ce contexte, on peut comprendre l'angoisse des familles des 6 détenus au Mali : après deux années et demi de silence, 4 des 6 familles d'otages ont décidé de médiatiser la situation de leur proches détenus. Avec la conscience aigüe qu'il est plus difficile d'attenter à la vie d'un otage lorsque les médias du monde sont tournés vers lui. Avec le sentiment, sans doute aussi, que le groupe de pression de l'opinion publique peut hâter la détermination du gouvernement à trouver une issue. Enfin, et c'est certainement l'élément déterminant dans le choix de rendre publique et visible la situation des otages : avec l'espoir de susciter le soutien public aux familles et proches qui, depuis plus de deux ans et demi, attendent la libération des leurs.
Des comités de soutien ont donc été constitués pour organiser cette médiatisation ; un site a été créé, otagesniger.fr, ainsi qu'une page facebook. C'est un des paradoxes de notre époque : les réseaux sociaux raccourcissent les courroies de transmission entre les ravisseurs et les familles.
Vous pouvez signer le manifeste des familles des otages en vous rendant sur le site otagesniger.fr.
1000 jours, c'est long, très long pour qui est détenu injustement, loin des siens, de son pays... Notre espoir, notre désir, notre prière, c'est que Pierre Legrand, Marc Ferret, Thierry Dol, Daniel Larribe, ainsi que les autres otages du Mali, recouvrent enfin la liberté.
Fabienne Chabrolin
Mariage pour tous : le débat sur le blog du Parvis du Protestantisme
Le débat sur le "mariage pour tous" entre partisans et adversaire de la loi Taubira s'est progressivement durci, rendant l'expression des points de vue dépassionnés bien difficile.
C'est néanmoins à cet exercice que nous avons décidé de vous convier : Solange Strimon et Fabienne Chabrolin, l'une contre, l'autre pour le « mariage pour tous » proposent leur analyse.
Vous pouvez bien évidemment réagir en postant un commentaire qui sera mis en ligne par la modératrice du blog.
POURQUOI JE SUIS CONTRE LE MARIAGE POUR TOUS
Solange STRIMON
Une première réaction par rapport à la religion : depuis la Réformation qui date de près de 500 ans, les pasteurs ne marient pas, ils bénissent, ce qui ne donne pas du tout à cette bénédiction le caractère sacré du mariage. Pas de pape, chaque église indépendante. Pour l'Eglise catholique, le mariage c’est un homme et une femme selon des textes théologiques. En Allemagne et dans d’autres États, il a été établi légalement la différence entre le mariage, institution consacrée par le code civil depuis deux siècles, et l’union civile, réservée aux couples homosexuels.
Le mariage : le signe visible de l’union du Christ et de l’Église
St Paul présente le mariage des chrétiens comme le signe visible de l’union du Christ et de l’Église. "L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair. Ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église (Eph 5/31). Le mariage est un grand mystère par rapport au Christ et à l’Église. C’est le signe visible d’une réalité spirituelle. Si l’Eglise a quelque chose à dire sur l’homme, l’explication en est simple : l’homme a été créé à l’image de Dieu, fondement ultime de sa dignité, et parce que « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le Mystère du verbe incarné » (Vatican II).
Le mariage a une valeur constitutionnelle
La Convention européenne des droits de l’homme, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention internationale sur les droits de l’enfant de 1989 et les pactes de Téhéran affirment tous que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. Fidèle d’ailleurs à cette tradition humaniste, la République a ratifié les grands textes internationaux relatifs aux droits de l’homme qui corroborent le consensus universel sur l’existence d’un droit naturel humain s’imposant à tout législateur. Cette acceptation nationale et internationale est d’ailleurs partagée par l’ensemble des communautés religieuses représentée sur notre territoire. Quinze pays ont reconnu le « mariage pour tous » : les cinq États scandinaves, le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni, mais avec des conditions différentes des nôtres, le Canada, quelques États aux États-Unis et au Brésil, l’Argentine, l’Uruguay depuis hier, et l’Afrique du Sud. Mais en réalité le mariage n’a pas, dans ces pays, la même signification qu’en France. Ils ne transposent pas le mariage, à l’origine institution religieuse catholique, inscrit dans notre droit depuis 1804.
Le droit français a en effet voulu faire du mariage une institution et un contrat solennels. Or, dans les pays précités, le mariage n’a pas ce caractère. Par exemple, dans les États protestants, le mariage n’a pas du tout la même signification : il peut être dissout dans des conditions différentes des nôtres, et les règles applicables à l’adoption ne sont pas les mêmes. Au Portugal, on ne peut pas adopter. Aux Pays-Bas on ne peut adopter un enfant que si celui-ci a la nationalité de ce pays.
Le mariage est un principe fondamental reconnu par les lois de la République, inscrit dans la tradition républicaine et inhérent à l’identité constitutionnelle de la France, dans sa définition acceptée depuis 1804, comme le mariage est l’union d’un homme et d’une femme en vue de constituer une famille. Par conséquent, il a valeur constitutionnelle. Le mariage reste l’union d’un homme et d’une femme, ce qui relève de l’ordre physique de la nature, commun à tous les êtres animés. Il s’agit de la conception du droit romain, par extension celle du code civil.
Cette institution multiséculaire trouve entre autres ses fondements dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui est le fondement de l’état de droit dans notre pays. Elle proclame que les hommes naissent libres et égaux en droits. De cette affirmation découlent plusieurs conséquences. La première est que les droits de l’homme s’enracinent dans le droit naturel et qu’ainsi le droit ne peut être bâti sur des constructions virtuelles : le droit civil en particulier, celui de la famille avec ses éléments constitutifs (le mariage et la filiation) ne peut prendre en considération une entité artificielle où l’enfant ne connaîtrait pas ses parents réels, père et mère, et où la naissance, la filiation, la structure familiale deviendraient des fictions. Cet enracinement naturel du droit civil n’est nullement contradictoire avec le fait que tous les êtres humains soient égaux, qu’ils aient des droits identiques.
Mais cette égalité ne peut nier les différences, notamment sexuelles, qui font la richesse de l’humanité. La différence naturelle entre les êtres humains explique que des constructions sociales et juridiques différentes (le mariage, le PACS, l’union civile) doivent permettre d’arriver au même but : l’égalité de droits. La différence entre les sexes est fondatrice de la société et cette réalité naturelle ne peut être niée au profit d’aberrations qui lui substitueraient une orientation sexuelle particulière, fruit du ressenti des individus. L’altérité sexuelle est bien le fondement du mariage tel que le contrat social de notre République le définit.
Il ne fait donc absolument aucun doute que le principe selon lequel le mariage désigne l’union d’un homme et d’une femme est un principe de droit constamment « reconnu », depuis 1792, par les lois de la République et donc intégré à notre « tradition républicaine ». Ce méta-principe au cœur de la « constitution civile de la France » est donc inhérent à notre « identité constitutionnelle ». Seule une révision constitutionnelle expresse, voulue par le peuple souverain, pourrait abattre une base fondamentale du contrat social des Français. Admettre l’établissement d’un lien de filiation, simplement en raison du mariage contracté entre personnes de même sexe, permettrait de donner effet à la conception d’enfants à l’étranger, au moyen de techniques réprouvées par le droit français et son ordre public international, tel que le recours à la procréation médicalement assistée ou à la maternité pour autrui.
En conclusion :
Le sens de la « réforme de civilisation » prônée par Mme Taubira, au nom de laquelle le gouvernement entend « arracher les enfants au déterminisme de la religion » (Christine Taubira à l’Assemblée nationale) et faire de l’Education nationale un instrument susceptible de promouvoir une « morale laïque » pour « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » (Vincent Peillon) n’a d’autre objectif que d’imposer à l’ensemble de la société une politique hélas synonyme de « culture de mort » dont la promotion de l’idéologie du genre.
La Loi Taubira ouvre la porte à toutes les dérives sociétales concernant l’homme, en tant qu’individu et si cette loi passe, elle sera combattue jusqu’à ce que l’on parvienne à un référendum et à une ALLIANCE CIVILE pour les homosexuels. Pour mémoire : le combat des homosexuels avait été placé hier sous le signe du « droit à la différence », droit qui avait été reconnu par l’ensemble de la communauté nationale avec la création du PACS, qui devait être aménagé. Pourquoi alors ce changement, s’il n’est le fait de l’influence de puissants lobbyistes gays et l’assurance d’un marché florissant. Qu’on me permette toutefois de m’étonner que nombre d’élus (à commencer par le Président de la République) se prononcent contre le mariage et vivent librement, sans alliance, sans « corde au cou ». La loi Taubira : un cheval de Troie ou l’annonce d’une société style « Orange mécanique »…
Solange Strimon - 2 mai 2013
POURQUOI JE SUIS POUR LE MARIAGE POUR TOUS
Fabienne CHABROLIN
Le débat sur le « mariage pour tous » est né d'un malentendu, et s'est complexifié en raison de la question connexe de la filiation.
Le malentendu, c'est la polysémie du mot « mariage ». En effet, lorsqu'on utilise le mot mariage, parle-t-on du contrat civil qui lie deux personnes – jusqu'à aujourd'hui un homme et une femme dans notre pays – et qui est institué et encadré par le code civil ou parle-t-on du mariage hérité de la tradition religieuse – essentiellement catholique –, sacrement solennel qui unit un homme et une femme jusqu'à la mort de l'un des d'eux ?
Il est manifeste que les nombreuses références des adversaires du « mariage pour tous » au caractère sacré du mariage, à son ancrage dans une histoire millénaire font table rase d'une évidence : la manière dont les hommes et les femmes ont eu coutume de s'unir, de fonder des familles, d'élever des enfants au cours des siècles et suivant les territoires est d'une infinie variété. Les systèmes anthropologiques ne se résument pas à la famille nucléaire qui n'a pas toujours été la règle, y compris en France, comme le rappelle l'historien Emmanuel Todd.
Le législateur révolutionnaire qui a institué le mariage civil en France a, évidemment, gardé une partie de l'héritage du mariage religieux, comme par exemple la monogamie : cela ne permet néanmoins pas de considérer que le mariage civil doit se conformer à une tradition religieuse que l'on a su et dû remettre en cause et qui a été un facteur de progrès pour les non catholiques et les femmes. Car la séparation du religieux et du civil a été consommée dans le mariage non seulement par la distinction entre mariage civil et mariage religieux, mais surtout par l'assujettissement du second au premier ! Quel prêtre accepterait de bénir l'union d'un couple qui n'aurait pas été au préalable marié civilement ?
C'est pourquoi je pense que la virulence des attaques contre le mariage pour tous, lorsqu'elles viennent de croyants – Juifs, Chrétiens ou Musulmans – cache une crainte : celle de devoir assumer une position de refus une fois la loi passée. Quelle sera en effet la décision des institutions religieuses lorsqu'elles seront confrontées aux premières demandes de célébration de mariage de deux homosexuel(le)s ? Cette question ne peut se poser que si le mariage civil de deux personnes du même sexe est entériné. Se posera alors le même dilemme que pour l'accueil des divorcés à l'eucharistie dans l'Eglise Catholique.
En somme, les institutions religieuses qui n'ont pas anticipé ce tournant sociétal courent un risque énorme.
Soit elles accueillent les couples mariés civilement, mais il s'agira alors d'une remise en cause qui peut en appeler d'autres et suppose de réformer la lecture traditionnelle de certains des textes fondateurs de ces religions qui ont été interprétés comme hostiles à l'homosexualité.
Soit elles ferment la porte aux couples homosexuels mariés civilement : il leur sera alors difficile d'expliquer que leur décision d'exclusion est motivée par l'amour du prochain et elles se couperont d'une partie de l'opinion favorable au « mariage pour tous », creusant encore le fossé qui les sépare de la société.
La question de la filiation, quant à elle, paraît au premier abord traitée de façon plus rationnelle dans le débat public, et l'on peut convenir qu'il est pertinent de se demander s'il est souhaitable que des enfants soient élevés par des personnes de même sexe. Soit !
Si je peux donc comprendre cette inquiétude, je m'étonne néanmoins qu'on n'ait pas produit les études démontrant les ravages de l'éducation homoparentale. Les situations d'homoparentalité existent depuis longtemps, soit de fait dans notre pays, soit de droit dans les pays qui ont légalisé la procréation médicalement assistée ou l'adoption par les couples homosexuels. Sans parler des enfants élevés par des femmes seules – ou, moins souvent, par des hommes seuls – lorsque des parents se séparent. Et que dire des enfants élevés par une mère et une tante ou une grand-mère lorsque le père est décédé ?...
On le voit bien, les situations où l'éducation n'est pas assumée par deux personnes de sexes différents ne manquent pas. Il me semble donc excessif de prétendre que nous n'avons pas encore de recul suffisant : les dangers supposés de l'homoparentalité auraient été démontré depuis longtemps si ce risque était réel.
On rétorquera peut-être que le danger vient du mensonge proféré en laissant croire à l'enfant qu'il est né de deux personnes du même sexe ! Mais qui peut imaginer qu'une telle fable sera servie aux enfants qui seraient accueillis dans ces familles ? Il n'a jamais été question de tromper les enfants sur leur origine biologique.
La vérité est que l'on doit être clair sur la filiation en cas d'adoption comme de procréation médicalement assistée, quel que soit le sexe des deux parents. L'adoption montre bien que la parentalité peut se construire en dehors de tout repère biologique. Qu'on soit ou non le géniteur de son enfant, il importe d'en devenir le parent lorsqu'on a la charge de son éducation. Cessons de croire que ce transfert de l'engendrement vers la parentalité est naturel et automatique et relève d'un hypothétique « instinct parental » ! Si tel était la cas, il y aurait moins d'enfants maltraités par leurs parents !
Enfin, la question de la filiation montre aussi que nous n'en avons pas encore tout-à-fait fini avec le lien entre sexualité et procréation : après près de 50 ans de légalisation de la contraception, le débat sur le « mariage pour tous » apporte un éclairage sur la persistance des résistances à l'idée que l'on puisse vivre sa sexualité sans la finalité de la procréation.
En somme, ce débat aura aussi permis de rappeler que le mariage comme la filiation relèvent davantage de la relation que du renouvellement de l'espèce humaine. N'est-ce finalement pas une idée assez raisonnable et optimiste ?
Fabienne Chabrolin
Les 12-25 ans à Marseille - Accueil - Ecoute - Santé
Les 12-25 ans à Marseille - Accueil - Ecoute - Santé - Déjeuner-débat du mardi 14 mai 2013, animé par Thierry SCHOLLER, responsable du Parvis du Protestantisme. L'invité du jour est Hélène PICON, médecin, présidente de l'association "Information Marseille Accueil Jeunes Ecoute Santé" (IMAJESanté).
Vocation
A 6 ans, Hélène Picon souhaitait devenir pédiâtre : cela en dit long sur l'engagement de cette femme aux côtés des enfants, comme médecin pédiâtre d'abord, mais aussi dans l'association marseillaise qu'elle préside, IMAJESanté. Sans oublier ces enfants soignés par son mari néphrologue, souffrant de pathologie lourde et qu'elle et son époux ont emmenés en vacances pendant 22 ans.
Dénicher les lieux où les petits d'hommes souffrent semble être une seconde nature chez Hélène Picon : en 1990, après la chute du dictateur roumain Ceaucescu, elle accompagne "Médecins du Monde" en Roumanie. Elle fait partie de ces équipes qui ont pu constater les conditions d'accueil et de soin désastreuses des orphelins roumains. Sans identité, sans avenir, ces enfants se voyaient refuser la condition d'humain. Faire d'eux des hommes et des femmes, ouvrir une perspective dans la nuit de leur enfance pour leur permettre de grandir reste, encore aujourd'hui, un objectif constant : Hélène Picon, toujours en contact avec ces orphelinats roumains, évoque le chemin parcouru, les progrès accomplis.
Mais il n'y a pas qu'en Roumanie que les jeunes ont besoin d'écoute, de soin, d'attention de la part des adultes. Dans les années 90, les pouvoirs publics - en particulier le Conseil Général - étaient sensibilisés aux besoins des femmes enceintes, des nourrissons, mais ne semblaient pas sensibles à ceux des adolescents, en particulier en terme d'accès aux soins - depuis, une première maison des adolescents a vu le jour à Marseille, en 2003. C'est ce qui a poussé Hélène Picon à proposer en 1999 avec des amis la création de l'association qu'elle préside, IMAJESanté : en 2001, l'association voit le jour dans le centre de Marseille.
Structurée autour de trois missions, l'association s'adresse aux jeunes de 12 à 25 ans, aux familles et à l'entourage de ces jeunes et aux professionnels du secteur médico-socio-éducatif - c'est le volet formation professionnelle.
Les jeunes de 12 à 25 ans y sont accueillis sans condition : il leur suffit de pousser la porte pour trouver une personne à leur écoute - médecin, assistant social, psychologue... Démarche anonyme ou non, elle leur permet de tenter de mettre des mots sur ce qui ne va pas, d'établir un diagnostic complet de leurs difficultés, de leur redonner un avenir, de leur rendre "la santé".
Etre en bonne santé, en effet, ce n'est pas seulement ne pas souffrir d'une pathologie : encore faut-il avoir un logement, être "bien dans ses pompes" ! L'association qui fonctionne en réseau oriente alors le jeune vers "la bonne personne" : elle n'a pas vocation à dispenser des soins de longue durée mais de permettre au jeune de prendre conscience de ses propres besoins, de les formuler de manière claire et de s'inscrire ensuite dans une démarche volontaire de remédiation.
Le public accueilli est mixte (à peu près autant de filles que de garçons) ; il peut s'agir de jeunes français en rupture scolaire, familiale, qui, parfois, ne savent plus s'ils sont affiliés à la sécurité sociale. Des mineurs non accompagnés - ou de jeunes majeurs -, immigrés sans leur parents trouvent aussi dans l'association le moyen d'établir des ponts culturel entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil.
C'est un des identifiants de l'association : la "transculturalité". Il s'agit de ne pas nier les traces que la culture d'origine laisse, parfois sur plusieurs générations, chez les descendants d'immigrés. Les consultations transculturelles, en présence d'un "interprète culturel" permettent souvent de débloquer des situations de souffrance qui auraient pu passer pour des pathologies. C'est un des atouts de l'association, en particulier lors des consultations familiales, le deuxième volet de l'association.
La spécificité des néo-arrivants a été soulignée par Hélène Picon. Ces jeunes adultes, en particulier lorsqu'ils ont immigré seuls, sont forts et le traumatisme qu'ils ont subi en s'arrachant volontairement à leur pays pour tenter leur chance dans le nôtre ne doit pas le faire oublier !
Hélène Picon a beaucoup insisté sur la notion de réseau : le fonctionnement en réseaux qui travaillent ensemble pour le bien-être des jeunes permet un repérage plus facile de ceux qui sont en difficulté. Seuls 30 % de ceux qui poussent la porte du local de l'association le font de leur propre chef. Le reste est adressé à l'association par des professionnels médico-socio-éducatifs, qu'il s'agisse d'enseignants, de membres d'autres associations, d'assistants sociaux de quartiers, etc. Aussi est-il nécessaire de faire connaître l'association en allant au-devant des jeunes, dans les lieux privilégiés que sont, par exemple, les établissements scolaires.
Collèges, lycées, organismes d'insertion, mais aussi écoles de la deuxième chance... Autant de lieux permettant de travailler avec les jeunes, de les faire parler des relations filles-garçons, d'évoquer la dépression ou tout problème personnel rencontré par ces adolescents ou jeunes adultes. Les établissement ont parfois été signalés par les partenaires de l'association - éducateurs ou enseignants de l'établissement, par exemple. C'est alors l'occasion de construire avec eux une information adaptée aux difficultés diagnostiquées au sein de la structure qui accueille l'association en privilégiant les actions de fond pour permettre l'instauration d'un vrai climat de confiance. Il ne s'agit pas en effet d'une démarche de promotion commerciale de l'association mais bien de se tenir au plus près des besoins constatés et de tenter d'y apporter une réponse adaptée.
Lors des questions du public, Hélène Picon a évoqué les difficultés de communication filles-garçons. Les cas de violence sont fréquents, les filles se pliant aux exigences des garçons de peur de les voir partir, les garçons paradoxalement prompts à les traiter de "putes" lorsqu'elles se prêtent aux jeux sexuels qu'ils leur imposent. Les conduites à risque sont nombreuses (alcool, cigarette, drogue), mais l'association oriente vers des structures spécialisées les jeunes engagés dans des addictions profondes. Quoiqu'il en soit, les comportements des jeunes vis à vis des substances toxiques ont changé et de trop nombreux jeunes - et pas uniquement issus du public de l'association - ont déjà fumé un joint.
Enfin, 40 % des jeunes accueillis dans l'association sont en habitat précaire - squat, logement chez l'un ou l'autre...
On le voit bien : le tableau dressé par Hélène Picon est alarmant. Son enthousiasme, sa vitalité, son énergie n'en sont apparus que plus encourageants ! Sans jamais se départir de son sourire, elle a appelé chacun à s'engager, à soutenir son association et ce blog relaie son appel sans aucune réserve !
A bon entendeur, salut !
Fabienne Chabrolin
Pour lutter contre le chômage, d'autres solidarités sont possibles
Ce mardi 23 avril 2013 de 12h20 à 13h40 M. Eric UNGER, responsable de l' « Association Solidarités Nouvelles » contre le chômage était l’invité du Parvis du Protestantisme. Thème abordé : "Pour lutter contre le chômage ; d'autres solidarités sont possibles". Christian APOTHELOZ, rédacteur en chef, a donné les points forts du conférencier, très impliqué dans ce domaine sociétal et affectif ô combien douloureux à divers niveaux.
ERIC UNGER ET LE TRAITEMENT DU CHOMAGE AVEC LA SNC
Eric UNGER a présenté l’Association de loi 1901, créée en 1985 par JB de Foucauld, indépendante de tout parti politique et de toute confession religieuse. Ce concept original permet à toute personne d’accompagner un demandeur d’emploi selon des critères bien définis : l'accompagnement en binôme ; le groupe de solidarité, maillon de base de l'association ; les emplois de développement. L'action de SNC se veut complémentaire du service public de l'emploi.
Une parenthèse avec Frédéric KELLER qui a rappelé l’apport original du protestantisme en Europe à propos du travail : « cette malédiction est devenue joie ».
Les chiffres du chômage
En France : fin février, après une série noire de vingt-deux mois, le Pôle emploi recensait 3,187 millions de demandeurs d'emploi n'ayant pas travaillé au cours du mois (catégorie A) en métropole, soit seulement 8 000 de moins que le record absolu. Depuis l'élection de François Hollande en mai 2012, en moyenne, plus de 28 000 nouveaux chômeurs sans activité ont poussé chaque mois la porte du Pôle emploi.
En région PACA : à l’image des statistiques nationales, les chiffres du chômage à fin mars 2013 en Provence Alpes Côte d’Azur sont à la hausse. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A (sans emploi), B (exerçant une activité réduite d’au plus 78 heures au cours du mois) et C (exerçant une activité mensuelle réduite de plus de 78 heures) s’établit à 402 196 (dont 289 223 pour la seule catégorie A, en hausse de 9,8 % sur un an). Ce nombre est en hausse de +0,4 % (+ 1 549) par rapport au mois de février et augmente de 8,8 % sur un an. La situation ne cesse de se dégrader pour des raisons que tout le monde connaît.
Quelques chiffres éloquents relevés en 28 ans d’existence
- quelque 1 400 bénévoles ont accompagné 2 500 demandeurs d'emploi ;
- 3 000 donateurs ont permis de financer 196 emplois solidaires au sein de 119 associations partenaires ;
- 17 groupes d'accompagnateurs bénévoles ont été présents dans 46 départements (dont 14 groupes en entreprise).
Eric UNGER a insisté sur ce que ressent le chômeur placé dans cette situation : il subit une humiliation sociale, il connaît la déstabilisation, l’infériorité sociale, sans oublier qu’il est considéré comme un faible, devenu inutile au monde, à la société dans laquelle il vit et qui le rejette.
Pour ne pas sombrer dans la dépression et dans la perte de ses repères sociaux, il est essentiel de ne pas rester isolé. C’est l’un des objectifs que poursuit l’association. SNC propose un accompagnement à tout demandeur d'emploi qui en fait la demande (sans tenir compte de l’âge, des qualifications, du domaine d'activité ou de la durée de chômage) et qui a le droit de travailler. Cet accompagnement gratuit et personnalisé avec deux membres bénévoles de l’association, sans limite de durée, apporte ainsi une écoute et un soutien moral destinés à encourager et à valoriser. L’accompagnant – qui a reçu une formation – ne va pas imposer au chômeur son rythme et sa vision du travail, mais s’adapter à celui-ci.
Comment devenir accompagnateur ?
Toute personne disposant de l’intelligence du cœur, doublée d’une certaine expérience professionnelle devrait pouvoir accomplir cette mission de remise en selle d’une personne au chômage. Ces conditions n’excluent nullement les étudiants et les retraités, au demeurant plus disponibles. L’important se situe dans la composition du binôme (l’idéal, un homme et une femme) et la complémentarité des deux accompagnateurs encadrant l’accompagné. Un chômeur a souvent perdu l’estime de soi et les sentiments qu’il éprouve à son sujet sont généralement tellement négatifs qu’il faut parvenir à le resituer dans la société avec la volonté de lui donner l’envie et la joie d’en retrouver le chemin. Entre accompagnateurs et accompagnés doit exister un réel échange, et celui-ci se passe un peu partout. « On phosphore ensemble, on se réunit une fois par mois, on a des ateliers de recherche d’emploi, on fait des sorties culturelles, des promenades, on sort de tout ce qui est d’ordre protocolaire, on établit un climat de confiance ».
Les financements pour créer des emplois solidaires :
Grâce aux dons, SNC crée et finance des emplois solidaires pour des personnes accompagnées, dans des associations partenaires. Il s'agit d'une part d'offrir un tremplin aux personnes vers l'emploi durable, de leur permettre de se repositionner sur le marché du travail, et de retrouver confiance en leurs compétences et d’autre part de soutenir le développement du secteur associatif et de l'économie solidaire. Ces emplois sont créés dans des associations ou organismes d'intérêt général dont les moyens financiers insuffisants justifient une subvention de la part de SNC. D'une durée moyenne d'un an, les emplois solidaires sont pris en charge dans la limite maximale du SMIC.
Résultats en 2012 : 196 emplois ont été financés dans 119 associations pour des personnes accompagnées. 66% des personnes ont trouvé une issue positive (emploi ou formation) à la fin de leur emploi solidaire.
La SNC ne manque pas de partenaires pour continuer à progresser, notamment le CREDIT COOPERATIF, le CREPI, les fondations, et tous les réseaux locaux (services publics de l’emploi, centres sociaux, clubs d’entreprise et institutions traditionnelles).
EN CONCLUSION :
Notre dispositif français à propos de l’emploi reste tellement contre productif qu’il entretient le chômage. Quelles orientations nouvelles par rapport à la formation ? On ne va pas toujours citer l’Allemagne en exemple. Mais chez notre voisin, la formation étant prioritaire, l’entrée dans le marché du travail s’en trouve fortement simplifiée. S’il a été question – entre autres - au cours du débat qui a suivi du partage du temps du travail et du bénévolat, cette question a soulevé plus de polémiques que qu’adhésions. Un gâteau que l’on coupe en deux, puis en quatre, puis en huit ne donne pas de travail et il ne reste même plus de miettes à manger. Créer du travail, oui, partager en se dépouillant, non.
Solange Strimon
Entre profane et sacré ; une approche de la peinture de la Renaissance
Ce mardi 16 avril, nous avons écouté le dernier volet du cycle "le religieux dans la peinture" avec Jean-Louis VIDALENC, Professeur des Universités, Membre de l'équipe de recherche "Arts et création esthétique" de l'Université de Bordeaux sur le thème : "Entre profane et sacré ; une approche de la peinture de la Renaissance". Le débat était animé par Thierry SCHOLLER, Responsable du Parvis du Protestantisme.
Jean-Louis VIDALENC ouvre la fenêtre
sur six peintres du 16ème siècle
Ce mardi 16 avril, nous avons écouté le dernier volet du cycle "le religieux dans la peinture" avec Jean-Louis VIDALENC, Professeur des Universités, Membre de l'équipe de recherche "Arts et création esthétique" de l'Université de Bordeaux sur le thème : "Entre profane et sacré ; une approche de la peinture de la Renaissance". Le débat était animé par Thierry SCHOLLER, Responsable du Parvis du Protestantisme.
Pour qui ne connaît aucun des peintres choisis par le conférencier, l’aventure est exaltante et l’ouverture à la connaissance des six peintres choisis un moment privilégié. Cela se passe au parvis, c’est tout dire. Donnons rapidement les noms des heureux élus : Hans Hollbein, le Jeune, Gerrit – ou Gerard – Hermansz Van Honthorst, le Maitre de St Gilles, Girolamo Mazzola Bedoli, Domenico Beccafumi et enfin Agnolo Bronzino.
De ce déjeuner-débat, il faut retenir que nous sommes dans une période de guerre civile entre catholiques et protestants, dans le Concile de Trente, au moment où le Sacré Collège rédige en 1560 un manuel pour les peintres, date au cours de laquelle Roberto Francesco Romolo Bellarmino, né à Montepulciano en Toscane le 4 octobre 1542 et décédé à Rome le 17 septembre 1621, prêtre jésuite italien, théologien, écrivain et apologiste de renom se distingue.
Les œuvres présentées par Jean-Louis VIDALENC nous permettent de bien nous situer dans le contexte historique et religieux de cette époque. Étant donné la rareté des œuvres présentées, et pour mémoire, nous avons choisi de vous présenter succinctement les peintres :
- Hans Holbein le jeune, né à Augsbourg en 1497 et mort à Londres le 29 novembre 1544 est le fils du peintre Hans Holbein l'Ancien (vers 1460 - 1524), le frère cadet du peintre Ambrosius Holbein (vers 1493/94 - vers 1519), avec lequel il étudie dans l'atelier paternel. L’artiste cherchera tout au long de sa vie à unir aux traditions gothiques les nouvelles tendances humanistes et à rechercher derrière les apparences les expressions signifiantes des visages. En 1515, sa famille se fixe à Bâle, haut lieu de l'humanisme, où le peintre se lie avec Érasme. L’artiste travaille pour la haute bourgeoisie commerçante. Le musée d'art de la ville de Bâle possède ainsi la plus importante collection au monde d'œuvres de la famille Holbein. Durant cette période, il accomplit de nombreux voyages comme à Lucerne en Suisse ou encore en Italie, à Rome et Florence. Il est influencé par Matthias Grünewald mais aussi par Léonard de Vinci, qu'il découvre dans un voyage en France, son style s'ouvre aux nouvelles conceptions de la Renaissance italienne. En 1526, fuyant la Réforme, il part pour Londres, recommandé par Érasme à Thomas More. Cette époque constitue l'apogée de sa carrière. Notre conférencier ne parlera pas des œuvres célèbres, mais de celle qui méritent d’être sorties de l’oubli. En 1536, nommé peintre-valet de chambre d'Henri VIII, il devient en peu de temps le peintre officiel de la cour d'Angleterre. En 1543, il meurt de la peste.
- Gerrit – ou Gerard – Hermansz. Van Honthorst, surnommé aussi, en italien, Gherardo delle Notti (« Gérard des Nuits ») est né à Utrecht le 4 novembre 1590,et mort le 27 avril 1656) dans une famille catholique d'Utrecht. Il était le fils de Herman Van Honthorst, un peintre de décors qui figure aux côtés d'Abraham Bloemaert parmi les fondateurs de la guilde de Saint-Luc d'Utrecht. En dehors de son père, sa famille comptait plusieurs autres artistes, notamment des peintres et des fabricants de tissus et de tapisseries. Il fait son apprentissage aurpès de son père, avant de devenir l'élève de Bloemaert. Dans les années 1620, il fut, avec Hendrick Ter Brugghen et Dirck Van Baburen, l'un des principaux représentants de l’École caravagesque d'Utrecht. Son style évolua par la suite vers le classicisme. il connaît la célébrité de son vivant, notamment grâce aux commandes de Frédéric V et Élisabeth, roi et reine de Bohême en exil aux Pays-Bas, de Charles Ier d'Angleterre et Christian IV de Danemark. Il deviendra peintre de cour de Guillaume II d'Orange-Nassau. Il est connu aujourd’hui pour les œuvres de la période caravagesque.
- Le Maître de Saint Gilles est un peintre anonyme, actif à Paris vers 1500. Français ayant été se former en Flandre ou Flamand ayant émigré à Paris, ses origines sont méconnues. Il est le grand artiste parisien de la première partie du règne de François Ier. Son pseudonyme lui est octroyé par l'historien Max Friedländer, d'après deux panneaux sur saint Gilles (son Miracle et sa Messe), à présent dans la National Gallery de Londres, et deux autres panneaux du même autel à présent à la National Gallery of Art de Washington (Baptême de Clovis et Saint Évêque). D'origine inconnue, il s'est sans doute formé en Flandre auprès d'Hugo van der Goes. Il s'est par la suite certainement établi à Paris. En outre, ses compositions, aérées et tranquilles, ses visages, réguliers, sont d'esprit français. L'artiste tire son nom de deux panneaux représentant la Messe de saint Gilles et Saint Gilles et la biche (National Gallery de Londres). Deux autres panneaux, dont les sujets sont controversés, devaient faire partie du même ensemble iconographique, sinon du même retable : Saint Leu guérissant les enfants, et Baptême d'un prince par un évêque, autrefois « Baptême de Clovis par saint Rémi » (Washington, National Gallery).
- Girolamo Mazzola Bedoli (Parme, 1500-1569), est un architecte et un peintre italien maniériste de l'école de Parme actif au XVIe siècle. Malgré quelques tableaux réalisés à Mantoue, Girolamo Bedoli a surtout été actif à Parme. Lors de son mariage avec la fille de Pier Ilario Mazzola, cousin du Parmigianino (en français « Le Parmesan »), il entra dans la famille des Mazzola, dont il prit le nom en 1542 après la mort prématurée du Parmesan. Il a en outre achevé quelques fresques initialement commandées à ce dernier notamment dans l'abside de Santa Maria della Steccata. []Architecte, il a œuvré aussi comme décorateur du sacré. Dans ses œuvres on remarque l'influence de Corrège et surtout du Parmesan, ce qui a pu faire parfois confondre l'attribution de leurs réalisations. On lui attribue une trentaine de dessins, d'une grande habileté technique, qui rappellent le Parmesan.
- Domenico Beccafumi, Peintre italien (Valdibiena, près de Sienne, vers 1486 – Sienne 1551). Parallèlement à l'art volontiers étrange, au graphisme aigu de Pontormo et de Rosso, Beccafumi développe à Sienne un style raffiné qui oppose sa fantaisie maniériste à la rigueur savante de Pérugin et de Fra Bartolomeo. Ses débuts sont mal connus. Il est mentionné dès 1502 à Sienne, et on le trouve ensuite à Rome (1510-1512), où il étudie Michel-Ange et Raphaël, notamment les bas-reliefs en grisaille de l'École d'Athènes. Il aurait, en outre, selon Vasari, décoré la façade d'une maison du Borgo. De retour à Sienne, il travaille en 1513 à l'hôpital de la Scala (fresques de la Cappella del Manto), première et impérieuse manifestation d'un style qui n'évoluera guère : transfiguration mystérieuse des formes par la lumière, remplaçant les contours par un jeu subtil de vibrations lumineuses (triptyque de la Trinité pour l'autel de cette même chapelle, 1513, Sienne, P. N.) ; il œuvre aussi aux miniatures d'un antiphonaire (SS. Annun-Ziata, Sacristi). Les mêmes silhouettes fuselées, aux attitudes contournées, se retrouvent dans les œuvres de caractère plus ombrien exécutées avant son second voyage à Rome (v. 1519). Citons en particulier le Retable des stigmates de sainte Catherine (v. 1515, Sienne, P. N.) et les Scènes de la vie de la Vierge, peintes à fresque, de l'oratoire de S. Bernardino. À ses travaux de jeunesse appartiennent également de petites œuvres sur bois
- Angelo di Cosimo ou Agnolo di Cosimo (17 novembre 1503, Florence – 23 novembre 1572, Florence), dit aussi il Bronzino, est un peintre maniériste italien était le fils adoptif et apprenti de Pontormo, et aussi l'élève de Girolamo Genga. Son disciple et fils adoptif, Alessandro Allori, était également surnommé "il Bronzino".Vers 1518 (probablement dès 1515), il est l'apprenti du Pontormo, qui l'aurait représenté (d'après Giorgio Vasari) dans son tableau Joseph en Égypte (assis sur une marche) ; il le suit ensuite à la chartreuse de Galluzzo où il s'est réfugié pendant la peste. Devenu peintre indépendant, il fait ses premiers portraits à la cour d'Urbino. À Pesaro, il décore la villa impériale puis revient à Florence ou Pontormo le réclame pour des portraits (comme ceux d'Ugolino Martelli, de Bartolomeo Panciatichi et de sa femme). Il entre au service des Médicis en 1539 pour les décorations du mariage de Cosme Ier de Toscane et d'Éléonore de Tolède Il exécutera ensuite de nombreux cartons de tapisseries. Sa dernière œuvre marquante est le portrait de la poétesse Laura Battiferri de 1560.
Le concile de trente
Et puisqu’il a beaucoup été question du Concile de Trente, donnons-en quelques explications. Convoqué par le pape Paul III en 1542 suite aux demandes insistantes de Charles Quint pour répondre au développement de la Réforme protestante, le Concile de Trente s’élève contre les thèses protestantes. Il définit l'autorité de la Bible, le péché originel et confirme les sept sacrements, le culte des saints et des reliques ainsi que le dogme de la transsubstantiation. Sur le plan disciplinaire, il crée les séminaires diocésains, destinés à former les prêtres. Trente est l'un des conciles les plus importants de l'histoire du catholicisme. Il devait permettre à l'Église d'opérer sa propre réforme et à nouveau les chrétiens. S'il eut effectivement le mérite d'abolir un certain nombre des abus de l'Église catholique et de réviser ses institutions, il aboutit plutôt à la séparation définitive des deux religions. En ce qui concerne ses effets sur l'histoire de l'art, il veut toucher le croyant à travers la peinture devant dès lors représenter les sentiments tels que la passion, l'extase, le martyr…. sentir les volumes de la chair.
En terminant le cycle "le religieux dans la peinture", Jean-Louis VIDALENC a certainement souhaité offrir à son auditoire quelques pièces rares découvertes au hasard de ses recherches. Nous ne pouvons que l’en remercier et étudier nous-mêmes les interprétations religieuses selon notre culture et notre religion. Merci.
Merci à Wikipedia pour les emprunts qui ont permis à Solange Strimon de compléter les informations données par Jean-Louis Vidalenc.
5 portraits de Jésus Christ : chapitre 5 - Jésus, le thaumaturge
Dans le cadre du cycle "Itinéraire Spirituel", Elian Cuvillier, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie protestante de Montpellier propose 5 portraits de Jésus Christ. La cinqième (et dernière) conférence s'est déroulée au Parvis du Protestantisme vendredi 12 avril à 19 h sur le thème : Jésus, le thaumaturge.
Vous pouvez lire les articles précédents du cycle "Itinéraire spirituel - 5 portraits de Jésus" en cliquant sur les liens :
Jésus, l'homme seul et abandonné
5 portraits de Jésus Christ
5 - Le Thaumaturge*
Qui veut comprendre les textes de l'évangile traitant de la question des miracles doit souvent, au préalable, se défaire de certaines réticences liées aux représentations qui s'imposent à lui dans notre monde rationnel ; accepter un temps de lire ces récits comme autant d'éclairages sur ce que sont les miracles. Et ne pas s'imaginer non plus qu'ils ont été reçus, entendus par des hommes et des femmes plus naïfs que nous ne le sommes. Pour eux aussi, le miracle, qu'il s'agisse d'une guérison ou d'une transgression des lois physiques, soulève étonnement et incrédulité.
La question n'est donc pas, selon Elian Cuvillier, de croire ou non aux miracles mais de comprendre de quoi il s'agit. En somme : qu'est-ce qu'un miracle ?
Ce préalable étant posé, il convient aussi de garder à l'esprit que les évangiles ne se contentent pas d'énumérer des faits miraculeux : ils les mettent en scène dans des récits dont chaque mot est pesé, lourd de sens.
Aussi faudra-t-il garder à l'esprit que les miracles entrent dans une typologie de récits que l'on retrouve dans le monde antique.
Les premiers sont les textes qui racontent ce qui se passe dans les sanctuaires des dieux guérisseurs. Ces récits sont frappés du sceau de la légitimité : on pourrait presque dire qu'il s'agit de la manière la plus courante d'exercer la médecine, et que le dit sanctuaire, véritable institution sociale, est en quelques sortes l'ancêtre de nos hôpitaux. Sa fonction est de permettre, en échange d'une offrande, la réintégration du malade guéri dans la société.
A cet égard, la piscine de Bethesda, évoquée dans les évangiles, peut assumer cette fonction, comme aussi bien des lieux auxquels on a attribué un pouvoir de guérison : que l'on se réfère, par exemple, aux ex-voto ou à la grotte de Lourdes.
La guérison, dans ces cas, est l'effet de la volonté des dieux - ou du Dieu unique : il ne s'agit pas du pouvoir d'un rebouteux agissant pour son compte.
En marge de cette pratique de guérison officielle, on trouve les récits de magie : à la différence des sanctuaires, les "magiciens" n'ont pas de légitimité et sont souvent en butte à l'hostilité des religieux, ce qui les contraint à agir dans le secret. Simon le magicien, évoqué dans le livre des Actes, rentre dans cette catégorie.
A côté de ceux-ci, mais en pleine lumière, se lèvent des hommes, parfois philosophes, souvent charismatiques, qui, dans leurs pérégrinations itinérantes, sont conduits à guérir les personnes qui leur apportent leurs souffrances et leurs maux. Ils s'expriment ouvertement et, parfois, n'hésitent pas à bousculer l'ordre établi, la parole officielle des institutions religieuses et à proclamer une nouvelle forme de vie. Jésus relève sans aucun doute de ce troisième type. Mais il se distingue des autres prédicateurs thaumaturges en ce qu'il veut faire advenir le royaume de Dieu.
On peut aussi classer les différents types de miracles eux-mêmes.
- Les exhorcismes : il s'agit alors de chasser les démons qui "habitent", possèdent des êtres humains.
- Les guérisons : on rend la vue aux aveugles, la marche aux paralytiques, la parole aux muets. On restaure et ramène à la plénitude de la vie.
- Les résurrections : à l'instar des précédents, il s'agit de remettre debout, de redonner vie.
- Les miracles "de la nature" qui agissent sur les éléments et non sur des personnes. La tempête apaisée, l'eau changée en vin à Cana, la pêche miraculeuse et la malédiction du figuier sont autant de récits de miracles des évangiles qui entrent dans cette catégorie.
On peut faire une lecture symbolique de ce dernier type de miracle, comme nous y a invités Elian Cuvillier, tout en précisant qu'elle n'était pas exclusive d'autres lectures. Mais ces récits spectaculaires ont manifestement une fonction importante dans l'établissement de la nature divine de Jésus. Il n'est pas exclu, à en croire Elian Cuvillier, que cette lecture symbolique ait pu avoir cours à l'époque de Jésus. Tous pouvaient saisir immédiatement la portée de détails dans le récit des noces de Cana : les jarres qui contenaient de l'eau - nécessaire à la purification - au nombre de 6, chiffre symbolisant l'imperfection, l'incomplétude, sont désormais pleines de bon vin. Il est probable que les contemporains de Jésus auront entendu que le récit de la transformation de l'eau en vin était aussi une manière de remettre en cause l'ancienne alliance qui faisait la part belle à la notion de pureté.
Il est à noter, enfin, que les miracles ne sont pas des "prodiges" sans rationnalité : jamais il n'est question de membres ou de têtes décapitées qui repoussent. On reste dans une certaine vraisemblance.
Le prodige laisse perplexe, il n'apporte pas grand chose. Le miracle, c'est "quand la grâce de Dieu vient s'inscrire dans le destin de quelqu'un", nous dit Elian Cuvillier. Ce qui était inéluctable devient évitable. Dieu ouvre des possibles. On échappe au mur vers lequel on se précipitait.
"Il y a des miracles qui ne sont pas prodigieux, il y a des prodiges qui ne sont pas miraculeux !"
Le miracle n'est possible que si la parole libératrice de Dieu vient rencontrer celui qui veut être libéré, guéri. Parfois, ce désir peine à trouver la voix de son expression, comme pour cet aveugle que le recouvrement de la vue embarrasse dans un premier temps. Jusqu'à ce qu'il finisse par l'accepter, l'accueillir et témoigner de ce qu'il voit désormais.
En somme, le miracle est un antidéterminisme : il permet à chacun d'envisager un "après" lorsque tout semblait perdu.
Après cette première partie générale sur la notion de miracle, Elian Cuvillier a proposé à l'auditoire des travaux pratiques : il a commenté un premier texte et invité les groupes à méditer le second.
Evangile de Marc, chapitre 5, versets 1-20
1Et ils vinrent de l’autre côté de la mer dans la région des Géraséniens. 2Et Jésus étant sorti de la barque, aussitôt vint à sa rencontre, hors des tombeaux, un homme possédé d’un esprit impur 3qui avait sa demeure dans les tombeaux. Même avec une chaîne, personne ne pouvait plus l’attacher. 4Parce que souvent il avait été attaché par des entraves et des chaînes et qu’il avait brisé les chaînes et cassé les entraves et personne n’avait la force de le maîtriser. 5Sans cesse, nuit et jour, il était dans les tombeaux et dans les montagnes, criant et se blessant avec des pierres.
6Et ayant vu Jésus de loin, il courut et se prosterna devant lui. 7Ayant crié d’une voix forte il dit : « Qu’y a-t-il entre toi et moi, Jésus, fils du Dieu Très Haut. Je t’en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas ! » 8Car il lui disait : « Sors de cet homme, esprit impur. » 9Et il lui demandait : « Quel est ton nom ? » Et il lui dit : « Mon nom est ‘Légion’ car nous sommes beaucoup. » 10Il le suppliait beaucoup afin qu’il ne les envoie pas en dehors du pays.
11Or, il y avait là, près de la montagne, un grand troupeau de porcs en train de paître. 12Et ils le supplièrent disant : « Envoie-nous dans les porcs afin que nous entrions en eux. » 13Il le leur permit. Et étant sortis, les esprits impurs entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita de la falaise dans la mer, ils étaient environ deux mille, et ils se noyaient dans la mer. 14Ceux qui les gardaient s’enfuirent et l’annoncèrent dans la ville et dans les campagnes et l’on vint voir ce qui était arrivé. 15Ils viennent vers Jésus et ils voient le possédé assis, vêtu et dans son bon sens, celui qui avait eu ‘Légion’, et ils furent saisis de crainte. 16Ceux qui avaient vu leur racontèrent ce qui était arrivé au possédé et au sujet des porcs. 17Et ils se mirent à le supplier de partir loin de leur territoire. 18Comme il montait dans la barque, celui qui avait été possédé le suppliait pour être avec lui. 19Et il ne le lui permit pas, mais il lui dit : « Va dans ta maison, chez les tiens, et annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi et qu’il a eu pitié de toi. » 20Étant parti, il se mit à prêcher dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient étonnés.
Ce récit regorge de détails qui attestent de la souffrance de l'homme possédé : c'est contre lui-même qu'il retourne sa violence. Lorsque Jésus s'approche de lui, il le reconnaît et l'implore de ne pas le tourmenter. "Je m'appelle Légion". Cette manière de se nommer en dit long sur la déshumanisation de cet homme. Mais serait-ce aussi une allusion à la présence des légions romaines en Judée, à cette époque ? Quoiqu'il en soit, le récit prend une tournure tragicomique lorsque Jésus précipite les esprits impurs qui dominent l'homme dans un troupeaux de 2000 porcs qui se jettent du haut d'une falaise.
Il s'agissait de porcs domestiques : quelle perte économique pour son propriétaire ! Mais on se doute que ces porcs n'étaient pas destinés à être consommés par les juifs de Judée. Ces animaux frappés d'interdit devaient probablement être consommés par... les Romains ! Bref : la boucle est-elle bouclée ? Est-on face à un récit de dénonciation de la mise à l'écart des malades et des marginaux dans un monde voué aux seules logiques économiques, dominé par la violence politique ? J'avoue ne pas être encline à suivre Elian Cuvillier sur ce terrain.
Lorsque l'homme est enfin libéré de ses chaînes, il exprime le désir de suivre Jésus. Mais celui-ci repousse cette proposition et l'invite à témoigner parmi les siens de "tout ce que le Seigneur a fait pour lui". S'il a été libéré, ce n'est pas pour entrer dans une dépendance vis à vis de quiconque. Pas même de Jésus. Pour "suivre" Jésus, il doit devenir "sujet de sa parole".
Evangile de Marc, chapitre 9, versets 14-29
14En venant vers les disciples, ils virent autour d'eux une grande foule et des scribes qui discutaient avec eux. 15Dès qu'elle vit Jésus, toute la foule fut remuée et l'on accourait pour le saluer. 16Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? » 17Quelqu'un dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils : il a un esprit muet. 18L'esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette à terre, et l'enfant écume, grince des dents et devient raide. J'ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n'en ont pas eu la force. » 19Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu'à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu'à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. » 20Ils le lui amenèrent. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit se mit à agiter l'enfant de convulsions ; celui-ci, tombant par terre, se roulait en écumant. 21Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il dit : « Depuis son enfance. 22Souvent l'esprit l'a jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous. » 23Jésus lui dit : « Si tu peux ! ... Tout est possible à celui qui croit. » 24Aussitôt le père de l'enfant s'écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » 25Jésus, voyant la foule s'attrouper, menaça l'esprit impur : « Esprit sourd et muet, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus ! » 26Avec des cris et de violentes convulsions, l'esprit sortit. L'enfant devint comme mort, si bien que tous disaient : « Il est mort. » 27Mais Jésus, en lui prenant la main, le fit lever et il se mit debout. 28Quand Jésus fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : « Et nous, pourquoi n'avons-nous pu chasser cet esprit ? » 29Il leur dit : « Ce genre d'esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière. »
L'enfant amené à Jésus par son père a un "esprit muet" : il ne parle pas mais semble souffrir de malaises que l'on qualifierait aujourd'hui de crises d'épilepsie. Le dialogue entre le père de l'enfant et Jésus montre à la fois la souffrance de l'homme et son impuissance. Il se débat avec la "possession" de son fils depuis son enfance.
"...Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous." dit l'homme, montrant ce que toute personne ayant eu un enfant malade sait intimement : la douleur qui s'abat alors indifféremment sur tous les membres de la famille, et plus particulièrement sur les parents. Cet homme n'en peut plus !
Bien des groupes qui composaient l'auditoire s'en sont avisé : ils ont proposé un titre à ce récit, "la guérison du père" ! Mais cette guérison passe par bien des étapes. Il s'est tourné vers les disciples de Jésus : on peut penser qu'il avait dû user auparavant de tous les recours à sa disposition depuis la naissance de son fils. Las ! Rien n'y a fait, et les disciples eux-mêmes sont restés impuissants.
"Si tu peux quelques chose..." ! "Si tu peux !" reprend Jésus. "Tout est possible à celui qui croit". Réponse difficile à entendre, qui renvoie l'homme à sa foi fragile, mais qui, dans le même temps, le conforte et lui donne l'assurance qui lui manquait. "Je crois, viens au secours de mon manque de foi !" Confession de foi et expression simultanée du besoin de s'en remettre à Dieu : ce cri remet les choses à leur place et remplace les efforts du père pour sauver son fils par l'attente confiante de sa guérison.
Vient ensuite une phrase un peu sibylline : "Jésus, voyant la foule s'attrouper, menaça l'esprit impur... Je te l'ordonne, sors de cet enfant..." Il reste l'impression que ces paroles sont une concession à la foule, à ce qu'elle attend - des signes, encore et toujours - jamais rassasiée de sensationnel. On ne peut s'empêcher de penser à d'autres exemples ou Jésus semble faire ce qu'on attend de lui : l'entrée triomphale à Jérusalem, ou encore l'injonction "Lève-toi, prends ton petit lit et marche" après qu'il a pardonné au paralytique ses péchés...
L'enfant reste comme mort, mais il vit : il est relevé - ressuscité ! On n'est pas loin ici de la métaphore pascale : en réintégrant le monde des gens sains d'esprit, l'enfant possédé, rendu à lui-même, est restauré.
Quant aux disciples, ils ne comprennent pas pour quelle raison ils sont restés impuissants devant ce cas de possession. La réponse de Jésus les renvoie à leur propre foi : "ce genre d'esprit, rien ne peut le faire sortir que la prière".
Priez donc !
Fabienne Chabrolin
Marseille a-t-elle un avenir industriel ?
Marseille a-t-elle un avenir industriel ? - déjeuner-débat du mardi 9 avril 2013, animé par Christian Apotheloz, consultant, Rédacteur en chef de Radio Dialogue 89.6. L'invité du jour est Jacques Garnier, économiste, chercheur-associé au Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail (LEST, Aix-Marseille Université).
Marseille a-t-elle un avenir industriel ?
Jacques GARNIER commence par se présenter : Ardéchois et catholique d'origine, il a fait ses études à Grenoble et Aix-en-Provence.
Il dit avoir exercé trois "professions" :
1/ Enseignant (pour étudiants et adultes
2/ Chercheur ("de terrain") au L.E.S.T. à Aix-en-Provence – développement économique régional.
3/ Acteur du développement économique (cf. Pôle d'Arbois aux Milles)
Ces dernières décennies, nous avons assisté à la mutation/destruction de l'appareil productif. Elle a fait beaucoup de dégâts, y compris dans les compétences des salariés de la région. Mais aussi à la mutation/construction d'un appareil productif différent.
Avant de répondre à la question : Marseille a-t-elle un avenir industriel ? Il faut répondre à trois questions :
- de quelle Marseille parlons-nous ? Marseille ville ou Marseille métropole ?
- Marseille a-t-elle vraiment un passé industriel ?
- Qu'entendons-nous par industrie ?
1/ Beaucoup d'activités, entre le service et l'industrie, ont vu le jour en périphérie des grandes agglomérations. (cf. Aix, Aubagne, etc.…)
Pendant une trentaine d'années, les périphéries s'industrialisent au détriment des centres-villes. La population suit. Toutes ces activités font en général système entre elles.
On voit apparaître un appareil productif de type nouveau.
On passe de l'industrie manufacturière à une industrie qui produit à la fois des biens et des services.
Le processus productif conjugue de manière indissociable la fabrication, du service aux entreprises, la logistique, le marketing, de la recherche et du développement… C'est un appareil productif d'un type nouveau, configuré comme une constellation, dont l'industrie n'est qu'un des éléments.
2/ Quel moteur possible pour un avenir de l'appareil productif marseillais ?
- La logistique, à condition que ce ne soit pas que de la logistique de passage. Transport des marchandises. Des voyageurs. De l'information et production locale.
- Mettre en place un processus d'intégration productive.
- Transporter c'est bien, créer de la valeur c'est mieux.
- Science et technologie. Chez nous, il semble qu'il y ait un hiatus entre l'innovation, le développement technologique et les unités de production. Pour l'instant, on n'arrive pas, malgré de nombreuses tentatives, à combler ce hiatus. Ponctuellement, certains ont réussi à aller au-delà (de ce hiatus), comme dans le monde maritime offshore ou le nucléaire. On a vu se développer un certain nombre de compétences. (Cf. intervention en milieu hostile, robotique...) Des gens dans ces secteurs, ont réussi à communiquer, à travailler ensemble et à partager leurs compétences pour en élaborer de nouvelles.
- Développer une culture de l'innovation, de « l'exploration » et de la mise en commun de ressources et de compétences.
Christian APOTHÉLOZ et Jacques GARNIER nous démontrent, exemples à l'appui, qu'il faut se méfier des statistiques, elles peuvent masquer de vrais changements et insister sur des variations qui n'en sont pas. (Cf. externalisation)
S'ensuit un débat avec la salle.
Jacques GARNIER se montre à la fois satisfait de la situation et très confiant dans l'avenir. Dans notre métropole, il y a beaucoup plus d'entreprises qu'on ne le croit, avec une grande variété de compétences, souvent très pointues.
Tout ça, nous le savons.
C'est bien, mais il semble oublier que ce qui inquiète les Marseillais, ce n'est pas l'emploi des ingénieurs, des juristes ou des médecins, c'est l'emploi de ceux qui fournissent le contingent, de ce qu'il est convenu d'appeler la main-d'œuvre industrielle, les ouvriers et employés peu qualifiés, les agents de maîtrise, les techniciens et même les cadres de proximité. Employés par milliers par les grandes entreprises industrielles.
Aujourd'hui et sans doute demain, ces emplois font cruellement défaut. Ils ne nous permettent pas résorber notre chômage à deux chiffres. Il ne représentent pas ces réservoirs d'emplois peu qualifiés qui ont fait vivre tant de ceux qui se rendaient chaque matin aux manufactures de tabac, aux dattes, aux pâtes, thés, cafés, granulats, etc.
Tout le monde ne peut pas faire partie de l'élite (sinon ce ne serait plus l'élite, par définition). Quels emplois demain pour ceux qui n'ont pas pu, pas su ou pas voulu faire les études qui leur auraient, peut-être, permis de participer aux pôles d'innovation technologique dont nous parle le professeur GARNIER ?
François Cassin
5 portraits de Jésus Christ : chapitre 4 - Résurrection
Dans le cadre du cycle "Itinéraire Spirituel", Elian Cuvillier, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie protestante de Montpellier propose 5 portraits de Jésus Christ. La quatrième conférence s'est déroulée au Parvis du Protestantisme vendredi 5 avril à 19 h sur le thème : Jésus, l'inconnu de passage.
Vous pouvez lire les articles précédents du cycle "Itinéraire spirituel - 5 portraits de Jésus" en cliquant sur les liens :
Jésus, l'homme seul et abandonné
5 portraits de Jésus Christ
4 - Résurrection
Il est de bon ton dans certains milieux protestants d'afficher ses doutes quant à l'historicité de la résurrection de Jésus : cette confession d'incrédulidité place en général celui qui l'énonce dans une position flatteuse, un peu au-dessus des masses faciles à berner qui font peu de cas des données scientifiques et historiques. Elle crée aussi une distance vis à vis des confessions évangéliques qui ont mauvaise presse dans notre pays depuis les excès de certains évangéliques américains largement dénoncés par les médias français.
Vade retro, Satanas !
Aussi pouvait-on s'attendre de la part d'Elian Cuvillier à une prise de position détachée, comme en retrait, par rapport à la résurrection de Jésus : à l'instar des historiens, il atteste que les disciples ont cru à cette résurrection. Cela n'est pas contestable, tant les témoignages à ce sujet abondent. Mais il n'en est évidemment pas de même du "fait" : il n'a pas acquis le statut de réalité historiquement démontrée.
C'est pourquoi Elian Cuvillier préfère parler de "vision" des disciples. En cela, il ne veut pas signifier que la foi dans la résurrection relève d'une auto-suggestion collective. Au contraire, la mise à mort de Jésus a été le cataclysme qui a fait vaciller les convictions de ses disciples. Scandale, comme on a pu le dire, aussi bien pour ceux qui attendaient une délivrance politique, "ici et maintenant", que pour ceux qui entrevoyaient un autre royaume, plus spirituel mais tout aussi empreint de justice. Cette mort les laisse démunis, dénudés de leurs convictions, pétrifiés d'angoisse.
Un des textes proposés par Elian Cuvillier, tiré de l'évangile de Marc, montre bien la peur et la sidération de Marie de Magdala et Marie lorsqu'elles découvrent que le tombeau est vide. Ce n'est pas du soulagement, de la joie qui les submergent mais bien de la stupeur et de la crainte. Cette résurrection n'allait manifestement pas de soi pour elles !
Pourtant, la pensée de la résurrection des morts n'était pas étrangère aux Juifs contemporains de Jésus. Celui-ci n'avait-il pas ramené Lazare à la vie, comme le relate l'évangile de Jean (chapitre 11) ? Plus généralement, certains milieux juifs croyaient que les justes seraient ressuscités et pourraient ainsi jouir des promesses non réalisées de leur vivant : la résurrection apporterait ainsi la délivrance et la justice aux opprimés demeurés dans la fidélité à Dieu jusqu'à leur mort.
La situation politique de domination romaine de la Judée en ce premier siècle confortait également cette foi en l'avènement du royaume de Dieu... pour les justes.
A cet égard, la prédication de Jésus s'écarte des standards de l'époque : car ce n'est pas pour les justes qu'il prêche mais pour les pécheurs. Il appelle les rejetés, les marginaux, à le suivre. Sa mort elle-même le place dans cette catégorie. Ce n'est pas la mort d'un citoyen romain mais bien celle de quelqu'un mis au ban de la société, d'un misérable, d'un raté, soumis à un supplice infamant, celui de la croix.
Ainsi, les disciples qui attendaient l'avènement du royaume de Dieu sont confrontés à la "descente aux enfers de leurs espérances". Tout ce en quoi ils croyaient a été crucifiés avec Jésus. Il ne reste que le désastre de l'échec.
Echec d'autant plus radical, destructeur que l'espérance avait été élevée.
Alors qu'en est-il de ces "visions" de résurrection de la part des disciples ? Plus de 500 personnes, dit Paul, peuvent témoigner qu'ils ont vu le Christ vivant dans les 40 jours qui ont suivi son supplice. Paul lui-même a connu l'expérience de la rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas, bien plus tard. Il sait de quoi il parle : cette expérience est si bouleversante pour lui, si réelle et tangible qu'il en fait la pierre angulaire sur laquelle repose la foi ; "s’il n’y a pas « la résurrection des morts », Christ non plus n’est pas ressuscité et si Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est vide, sans fondement, et vide aussi, sans fondement, votre confiance." écrit Paul dans l'épître aux Corinthiens.
Alors, que fait-on de cette résurrection ? Un mythe ? Mais la foi n'est-elle alors pas vaine ? Si l'on suit Paul, et bien d'autres après lui qui se sont appuyés sur ses écrits, on parvient nécessairement à la même conclusion. Les quatre évangiles laissent une large place au récit de la résurrection : belle unanimité qui en dit long sur l'importance accordée à ce que les rédacteurs considéraient comme un fait. Bien sûr, chacun le fait à sa manière, et l'évangéliste Matthieu qui n'est pas en reste dès qu'il s'agit de merveilleux, assortit la résurrection de Jésus d'autant de résurrections de "saints endormis", conformément aux croyances de l'époque.
En somme, comme on le voit, le vrai débat, qui n'a pas été soulevé par Elian Cuvillier, est la question de la vérité historique des faits. Une anecdote permettra peut-être de montrer où je veux en venir. Il m'a été rapporté qu'un pasteur avait dit un jour : "que se passera-t-il lorsqu'on découvrira le corps de Jésus ?" Je ne sais si ces paroles sont apocryphes ou non. Mais je crois que bien des Chrétiens se sont un jour posé la question de la réalité de la résurrection... et du choc que constituerait la preuve du contraire si on découvrait un corps avec le soupçon qu'il s'agît bien de celui de Jésus.
Ainsi, on peut se demander qui a le plus peur d'une telle découverte. Ceux qui la croient impossible parce qu'en contradiction avec les récits de résurrection ou ceux qui l'envisagent avec un arrière plan de doute, de désarroi car une telle révélation rendrait caduque le christianisme lui-même dès lors qu'on le fait reposer sur la résurrection de Jésus ?
On peut donc soupçonner que les voix de plus en plus nombreuses à mettre en doute la résurrection de Jésus, au sein même des églises chrétiennes, sont autant de tentatives de sauver ce qui peut l'être de l'héritage chrétien en le fondant sur d'autres bases plus difficiles à démolir. Au risque de vider le christianisme de son essence ! Insister sur le message d'amour de Jésus, par exemple, ne mange pas de pain : qui pourrait critiquer cela ? N'est-ce pas aussi une tentative de passer sous silence la difficile question de la résurrection ?
Pour ma part, j'ai choisi de croire en la résurrection comme fait historique : ce pari, je le fais avec la conscience aigüe qu'il ne colle pas avec ma formation scientifique et mathématique. Je préfère cette contradiction à la tentation de me dérober à une profession de foi partagée par les Chrétiens qui m'ont précédée.
Fabienne Chabrolin
Elian Cuvilier nous a proposé de lire 6 textes : le premier est un extrait de la première épître de Paul aux Corinthiens (50 ap JC). Les 4 suivants sont tirés des quatre évangiles et le dernier est un texte tiré de évangile apocryphe de Pierre (2ème ou 3ème siècle ap JC).
Chaque groupe devait proposer une étude comparative d'un des textes bibliques et du dernier texte apocryphe.
Je me suis intéressée à un groupe qui avait choisi de comparer le récit de l'évangile de Marc au texte de l'évangile de Pierre.
- Evangile de Marc, chapitre 16, versets 1 à 8 : Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates, pour venir l’embaumer. Le premier jour de la semaine, elles viennent au tombeau de bon matin, au lever du soleil. Elles disaient entre elles : Qui roulera pour nous la pierre de l’entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée. En entrant dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche ; elles furent effrayées. Il leur dit : Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Elles sortirent du tombeau et s’enfuirent tremblantes et stupéfaites. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.
- Evangile de Pierre, versets 35 à 44 : Or, dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats montaient à tour de rôle la garde par équipe de deux, il y eut un grand bruit dans le ciel. Et ils virent les cieux s’ouvrir et deux hommes, brillant d’un éclat intense, en descendre et s’approcher du tombeau. La pierre, celle qui avait été poussée contre la porte, roula d’elle-même et se retira de côté. Et le tombeau s’ouvrit et les deux jeunes gens entrèrent. Alors, à cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens, car eux aussi étaient là à monter la garde. Et, tandis qu’ils racontaient ce qu’ils avaient vu, à nouveau ils virent : du tombeau sortirent trois hommes, et les deux soutenaient l’autre, et une croix les suivait. Et la tête des deux atteignait jusqu’au ciel, alors que celle de celui qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix venue des cieux qui dit : "As-tu prêché à ceux qui dorment ?" Et on entendit une réponse venant de la croix : "Oui". Alors ils se mirent à débattre entre eux s’il fallait s’en aller et exposer ces faits à Pilate. Et tandis qu’ils réfléchissaient encore on vit les cieux s’ouvrir à nouveau, et un homme descendre et entrer dans le tombeau.
Ce qui a frappé les membres de ce groupe, c'est que, dans le premier texte, l'inattendu, le merveilleux frappe Marie de Magadala et Marie dans l'exercice de tâches concrètes : elles viennent au tombeau pour embaumer le corps de Jésus, un devoir dévolu aux femmes à cette époque. Elles ont apporté des aromates et se posent des questions terre à terre : qui leur roulera la pierre ? Elles savent qu'elle est lourde et difficile à bouger. C'est en levant les yeux - les tenaient-elles baissés pour assurer leurs pas ou par abattement ? Nul ne le sait - qu'elles constatent que cette pierre a été enlevée, que la tombe est béante. Elles entrent malgré tout et rencontre un jeune homme qui leur annonce la résurrection de Jésus. Leur peur est si grande qu'elles s'enfuient et ne disent rien à personne dans un premier temps.
Le second texte, quant à lui, est très différent : on y multiplie les descriptions précises du contexte merveilleux de la résurrection elle-même : en somme, ce texte comble un vide sur le making-of de la résurrection. Il y a du monde, au bord du tombeau : des soldats, un centurion, des anciens : une multitude de témoins. Une multitude aussi de signes tous plus spectaculaires les uns que les autres. Dans le style des récits apocalyptiques, on y voit des hommes si grands que leur tête atteint, voire dépasse, les cieux. La croix rend littéralement témoignage et des références aux récits évangéliques émaillent le texte : "ils virent les cieux s'ouvrir", "on vit un homme descendre et entrer dans le tombeau" ; à cet égard, comment ne pas voir une référence au jeune homme ou à l'ange des récits évangéliques canoniques ?... Or, ce qu'il est apparu aux membres du groupe, c'est qu'à vouloir décrire avec grand renfort de miracles spectaculaires cette résurrection, le texte passe à côté de l'émotion et de la sensibilité du texte de Marc : celui-ci, par ce qu'il ne dit pas - les circonstances de la résurrection de sont jamais évoquées - mais aussi par l'attention qu'il porte à ces femmes désemparées et orphelines du corps qu'elles venaient embaumer, ce texte, si attaché à décrire des faits, nous bouleverse et nous touche.
HORREUR ! Que mangeons-nous ?
Ce mardi 2 avril 2013 de 12h20 à 13h50, Marc ROUX, ingénieur agronome, Professeur honoraire de zootechnie (science qui s’occupe de l’élevage des animaux domestiques) à l'Ecole Supérieure d'Agronomie de Dijon pendant près de 40 ans, est intervenu sur le thème : « HORREUR ! Que mangeons-nous ? » Entre inquiétude, confiance et colère. Débat animé par Thierry SCHOLLER, Responsable du Parvis du Protestantisme.
Où nous mène notre « chère » alimentation ?
Spécialiste de la production et de la qualité de la viande, Marc Roux avait posé la question voici deux ans de savoir si on devait avoir peur de son assiette. Sait-on ce que l’on mange ? Regarde-t-on sur les étiquettes la composition des mets que l’on achète ? Comment en sommes-nous arrivés à ce stade de dangerosité de l’alimentation ?
Plusieurs affaires, bien relayées par les médias, nous donnent pourtant régulièrement l’alerte (la vache folle en 1996, la dioxine, tous les scandales liés aux problèmes de santé, l’affaire du bœuf devenu cheval…)
Il faut bien tenir compte du nouveau comportement alimentaire et du souci paradoxal du consommateur qui veut toujours payer moins, sans vouloir prendre conscience que toute économie se fait au détriment de la qualité. Et pourtant, ce même consommateur s’inquiète de plus en plus de sa santé. Il n’y a pas de miracle : le bon marché ne tient compte d’aucun critère de santé du consommateur. Heureusement, celui-ci montre de la résistance… si l’on en croit l’absence de contamination mortelle constatée dans les pays européens. Évidemment qu’en Chine, le problème se pose autrement. Mais peut-on comparer une vie chinoise avec celle d’un occidental ? Idem pour l’économie.
Le temps à consacrer aux repas devenant peau de chagrin, de plus en plus de personnes achètent « tout préparé », allant même dans cette course au temps, jusqu'à utiliser INTERNET sans se poser la question de savoir d’où vient la viande, par quels circuits elle transite et qui la propose. Les dépenses alimentaires sont passées de 1960 à nos jours de 20 % à 13 %. Un constat : il y a aujourd’hui moins de produits traditionnels consommés, alors que la viande et les poissons préparés connaissent une forte hausse. Les fromages, les produits laitiers semblent plus épargnés que d’autres produits, au même titre (ou presque) que les fruits et les légumes.
Il ne faut pas perdre à l’esprit que les industries alimentaires n’ont qu’un objectif, un seul : gagner de plus en plus d’argent, sans se préoccuper le moins du monde de la qualité. L’exemple du mouton de Nouvelle-Zélande est significatif des effets de la mondialisation : la bête arrive pratiquement fraiche, excellente, et son coût, comparé à celui de l’éleveur français, est forcément plus qu’attractif.
À propos des poulets, ce fut peut-être une découverte pour les auditeurs : tout est consommé, sans le moindre déchet. Qui se pose la question de savoir s’il vient du Brésil ou de Thaïlande ? Avant de consommer un poulet, il n’est pas inutile de connaitre son âge (plus de douze semaines, c’est parfait). Ce sont les traders qui doivent trouver le poulet le moins cher. Inutile de s’appesantir sur l’utilisation des pattes, de la peau et autres détails, tout est utilisé. Surprise pour la quiche de légumes surgelée : si elle est bien fabriquée en France, les légumes viennent de Chine, du Maroc, de Chili. L’étiquetage n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. Les œufs, par exemple, que l’on pourrait imaginer à peu près « normaux » présentent tous les défauts de leur production, au même titre que les fromages dits light, (qui reçoivent des additifs), de la viande de bœuf, des steaks hachés, les plus faciles à maquiller et les plus dangereux pour notre santé.
Toutes ces dérives alimentaires ne profitent qu’aux riches toujours plus riches. Plusieurs émissions mettent en garde (ARTE notamment), plusieurs média papier mettent l’accent sur les risques sanitaires auxquels nous nous exposons. Les toxines naturelles, les pesticides, les métaux lourds… ne sont pas sans danger.
Prise de conscience de la mondialisation des échanges alimentaires :
Elle ne peut que nous inciter :
- à lire les étiquettes, même si celles-ci sont libellées en tout petits caractères et volontairement peu compréhensibles,
- à nous assurer de l’étiquetage de la provenance de l’animal, de sa race, de son âge - un seul garant pour la viande : notre boucher traditionnel !
- à respecter le cycle des saisons,
- et peut-être à limiter toute consommation de produit tout préparé, en sachant que le sel et autres condiments utilisés pour masquer la fadeur des aliments de base utilisés sont également dangereux pour la santé.
La rediffusion récente du film « L’aile et la cuisse » avec Louis de Funès et Coluche nous a une nouvelle fois alertés sur la fabrication plus que factice de notre alimentation de base. Nous n’en sommes peut-être pas encore tout à fait là, mais on s’en rapproche un peu plus chaque jour, chaque mois, chaque année. A nous d’être vigilants et de ne pas encourager les traders à s’enrichir sur notre dos en continuant à acheter aveuglément.
En conclusion :
Cette excellente mise en garde de Marc ROUX devrait nous permettre une plus grande vigilance sur ce que nous mangeons chaque jour. Il ne s’agit peut-être pas de devenir végétarien ou végétalien du jour au lendemain, mais de consommer peut-être moins de viande venant des grandes surfaces (80% d’achats), de faire confiance à son boucher, à son fromager (il en existe encore), d’éviter les produits transformés et dans la mesure du possible d’acheter aux agriculteurs qui produisent eux-mêmes (Aubagne) et en règle générale d’encourager les producteurs de proximité. Entre AMAP (1) et LOCAVORE (2) : nous pouvons agir et réagir contre la mondialisation.
Une nouvelle vie commence avec - pour objectif - le respect d’une hygiène alimentaire. Et tout à coup une question surgit : le repas (morceaux de poulet mélangés à du riz safrané) nous a paru soudain suspect, l’énorme orange aussi. Compte tenu du coût, difficile pourtant de demander plus… heureusement, quelques morceaux de chocolat attendaient les gourmands et la question de se poser si les chocolats sont aussi trafiqués. Je vous laisse y répondre !
Alors que reste-t-il à manger, qui soit sans danger pour notre organisme ? Même l’air que nous respirons est pollué…
Solange STRIMON
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Le terme « AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) » est enregistré depuis la mi-2003 à l'INPI en tant que marque française par l'association Alliance Provence[]. L'usage de la marque passe par l'engagement du respect de la charte des Amap[] inspirée de la Charte de l'agriculture paysanne, éditée en mai 2003 par cette même association.
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Le terme « locavore » a été inventé par Jessica Prentice de San Francisco en 2005 à l'occasion de la journée mondiale de l'environnement, qui a proposé aux résidents locaux d’essayer de manger seulement les aliments cultivés ou produits à l’intérieur d’un rayon de 160 kilomètres. Le New Oxford American Dictionary a défini un « locavore » comme étant une personne qui recherche des produits alimentaires locaux. « Locavore » fut le mot de l'année 2007.






































