Le Parvis du Protestantisme - Le Blog

16 mai 2012

Et leurs yeux se sont ouverts...

P1150673Certains égarements trouvent leur source dans des certitudes inébranlables dont la vanité ne vient au jour que par accident : c'est un peu ce que Christian Apothéloz nous a rappelé au cours du déjeuner du Parvis ce mardi 15 mai. S'il porte un regard critique et lucide sur sa jeunesse dévolue au militantisme dans des mouvements maoïstes, il se refuse néanmoins à rejeter cet héritage : comme s'il savait que la vie dispense ses leçons, et qu'il nous appartient de savoir nous en nourrir.

Christian Apothéloz est né dans une vieille famille d'origine suisse et a passé son enfance à Dole, en Franche Comté. Sa famille, de confession mixte (protestante et catholique) n'est pas pratiquante, mais Christian Apothéloz dit avoir été "adopté" par les protestants dolois.

MaoismeMai 68 le cueille en Terminale : il s'engage alors dans le comité d'action lycéen de Besançon. C'est le début d'un engagement en politique qui l'éloigne du monde protestant de son enfance. Ses amis croyants, mais aussi les théologiens qui le marquent, sont catholiques. Surtout, comme beaucoup de ses contemporains, il se lance à corps perdu dans le militantisme gauchiste maoïste. Le monde appartient à ces jeunes gens qui ne doutent de rien, mais dont le dogmatisme se révélera un enfermement tragique !

campst52Leur chemin de Damas, ce furent, pour beaucoup, les nouvelles exfiltrées de Chine ou du Cambodge dans la décennie 1975-1985. Le bilan humain terrifiant de la Révolution culturelle chinoise, le laogaï qui rappelait les camps de la mort nazis, ces évènements désastreux qui brouillaient les pistes et réunissaient dans l'horreur ceux que tout avait opposés... tout cela fut l'accident qui dessilla les yeux de beaucoup de ces militants.

Que reste-t-il quand les citadelles tombent, quand l'écran de fumée qui cache les ruines des utopies se dissipe ? La désillusion mortifère pour les uns, mais aussi, pour certains - et Christian Apothéloz semble être de ceux-là - une profonde remise en question d'un système de pensée. "Comment peut-on avoir raison contre tous ?"

Il fallait se rendre à l'évidence, accepter la défaite, reconnaître que ce que l'on avait pris pour de la toute-puissance - celle des idées - n'était qu'un leurre dérisoire. Apprendre l'humilité, remettre l'homme à sa juste place : un fétu qui fait un bref passage sur la terre et qui ne saurait se passer de ses condisciples. C'est alors que Christian a été rattrapé par la foi. Peu à peu, dans un long cheminement, il prend conscience qu'il a construit une vision du monde qui repose sur une imposture : l'homme n'est pas si fraternel qu'il l'a cru, et le paradis qu'il prétendait instaurer s'est révélé un enfer. L'homme serait-il donc un pécheur incapable de faire le bien par lui-même, comme l'affirme la confession de foi de La Rochelle ?

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Cette idée n'est pessimiste qu'en apparence : elle permet en effet "tous les espoirs et tous les émerveillements", comme le rappelle Christian Apothéloz. Lorsqu'aucune illusion n'aveugle l'esprit humain, il reste prêt à accueillir tous les possibles, sachant que le mérite de son action ne lui revient pas : c'est le miracle quotidien des petits pas qui font avancer de grandes causes.

Vient alors le moment de l'engagement sur des bases différentes : il y a un "après", toujours possible, pour qui veut tirer les leçons de sa propre histoire. Christian Apothéloz se lance dans le journalisme en reprenant à son compte cette phrase de Jean Lacouture : "nous étions des journalistes militants, nous sommes devenus des militants du journalisme." Militant un jour, militant toujours ?

mailPour terminer, il faut évoquer l'engagement de Christian Apothéloz à Dialogue, la radio des chrétiens de Marseille, dont il préside actuellement le conseil d'administration. Cette radio oecuménique a été fondée en 1982 à l'initiative de quatre églises soeurs, arménienne apostolique, catholique, orthodoxe et réformée. Ce travail qui repose sur la pluralité des regards que les églises portent sur un monde en évolution a permis à Christian Apothéloz de mieux connaître les autres confessions chrétiennes.

Il reste néanmoins une objection forte lorsqu'on découvre un tel parcours de vie, si riche en péripéties et remises en question. Comment ne pas évoquer ces milliers de destins si proches qui ont délaissé eux aussi l'idéalisme pour le pragmatisme ? Comment ne pas rappeler qu'il est avant tout "dans l'air du temps" de ne pas se laisser guider par les idéologies du passé, de s'en méfier, d'exercer le doute cartésien à leur endroit - comme si rien de bon ne pouvait en sortir - tout en se laissant gagner, parfois, par de nouvelles idéologies - "ni gauche, ni droite", le libéralisme économique, le relativisme culturel ?... En somme, nous ne devons pas oublier que nous sommes les produits de notre temps : nous ne pensons pas de manière autonome mais dans un collectif de pensées - comme l'a théorisé le médecin biologiste polonais Ludwik Kleck -, collectif qui comprend les pensées de nos prédécesseurs et construit le carcan de pensées de ceux qui nous suivront. Bien peu d'esprits échappent à cette gangue : ceux-là seuls sont des visionnaires qui ont le sens de l'histoire et peuvent nous aider à faire un pas de côté.

Fabienne Chabrolin


Le moment théologique du Pasteur Frédéric Keller

Christian Apothéloz donne l'impression d'avoir vécu 10 vies, et ses engagements semblent passer d'un antipode à l'autre. A observer les éléments apparemment contradictoires de la vie d'un humain, on peut être gagné par l'idée qu'il n'y a pas de cohérence, et que nous sommes des êtres divisés.

Ecoutons ce que dit l'écclésiaste :

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements ; un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ; un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

L'anaphore s'ouvre sur "un temps pour naître" et ne finit pas par "un temps pour mourir" mais par "un temps pour la paix". C'est peut-être là la clé de ce que représente la foi chrétienne : elle vient pacifier nos vies, les réconcilier. Comme un fil mystérieux qui passerait dans les éléments de notre vie pour les relier et ainsi restaurer leur cohérence, Christ apporte cette réconciliation et permet cette aube après chacune de nos nuits.

L'écclésiaste exprime un désir profond de vivre, d'aimer, d'expérimenter, de construire les éléments de ce monde en devenir. On chute parfois, on se relève souvent. On continue néanmoins à avancer, tout en sachant qu'on ne parvient pas à connaître Dieu dans sa totalité.

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26 avril 2012

Quand le coeur parle à la tête

P1150462Dans le cadre du déjeuner-débat du mardi 24 avril 2012 de 12h20 à 13h40, l’invité du jour Jean-Claude PICAL, Directeur du Centre gérontologique des Bouches-du-Rhône à Marseille, a parlé de : "La filière gériatrique à Marseille ; une belle idée !" Le débat fut animé par Thierry Scholler, Responsable du Parvis du Protestantisme.

Avec ces trois notions de filière, territoire et partenariat au service des personnes âgées, Jean-Claude Pical nous a apporté beaucoup d’humanité, d’espérance et d’amour de l’autre.

Comme l'a rappelé Thierry Scholler, Jean-Claude Pical est un homme du service public qui, depuis 2005, consacre ses compétences humaines et professionnelles aux personnes âgées, celles que l’on recense officiellement et… les autres : celles dont on ne s’occupe pas. Il s’agit par exemple des personnes de plus de 80 ans, sans domicile fixe ou des vieux migrants à qui il faut apporter un accompagnement. L’invité du parvis s’est attardé sur la logique des filières : un regroupement sur un même site d’un ensemble de réponses pour accompagner le vieillissement.

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Dans ce parcours, il est important de respecter la personne dans sa dignité et dans son intégralité. Chaque cas appelle une réponse différente, adaptée aux phases successives du vieillissement. Nous ne sommes plus à l’époque du mouroir de 1950 de Montolivet ! Le problème du vieillissement en France concerne au niveau national 6 millions de français ayant dépassé 75 ans. Le nombre de lits n’atteint que 600 000, soit 10% des capacités d’accueil (à Marseille 12 %). « Etudier le vieillissement et ce qui peut être réalisé demande une très grande modestie ». Son organisme a lancé un programme de prévention de la dépendance, pour éviter une vision fataliste du vieillisssement? Ce programme de sensibilisaion à cette question s’articule sur quatre journées :

- une journée pour les troubles de l’audition

- une journée sur les accidents de la vie courante (12 000 décès de personnes âgées par an, suite à des chutes et autres accidents domestiques – l’aménagement de l’habitat contribuerait à en limiter le nombre)

- une journée sur la promotion de l’activité physique (une étude universitaire révèle que l’un des secrets d'un vieillissement réussi consiste à maintenir une activité physique correspondant à ses facultés et une activité cérébrale comme les mots croisés, la pratique des arts, etc.). Même les handicapés physiques peuvent trouver un exercice leur correspondant. Ces deux activités « physique et mentale » doivent correspondre au choix de la personne.

- une journée sur la sécurité routière pour les 65-85 ans (revoir le code de la route et faire des simulations de conduite)

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Dans tous les cas de figure, c’est sur du concret qu’il faut travailler et en amont. La prévention est au cœur de la problématique d’un bon vieillissement. Une convention de partenariat a été signée avec la MACIF et les portes sont ouvertes à d’autres mutuelles pour élaborer un vaste projet de prévention. C’est ainsi qu’une consultation gratuite avec un gériatre est proposée aux jeunes seniors pour diagnostiquer les problèmes qui pourraient se poser plus tard à eux, compte tenu de leurs antécédents familiaux, de leur mode de vie, de leurs activités ou de leur absence d’activités. Grâce aux réseaux gérontologiques (une équipe pour 4 arrondissements), et pour affronter les problèmes de mémoire, de solitude, de captation d’héritage, une réponse médico-sociale est apportée en liaison avec le professionnel de terrain qu'est le médecin traitant. Le portage de repas, la consultation d’un dermatologue, un véritable lien social sont proposés.

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Jean-Claude Pical a ensuite évoqué la maladie d’Alzheimer : 1,5 % de la population est concerné, soit un à un million et demi de citoyens. Ce chiffre ne peut que progresser compte tenu de l’allongement de la durée de vie. Tout est pris en compte pour permettre au patient et à son entourage - famille, aidants - d'aborder cette étape de vie si douloureuse. Toutes les compétences, les ressources, les moyens, les expériences des différents acteurs et partenaires associatifs et institutionnels concernés et enfin les études médicales en cours donnent à espérer et à croire en des lendemains meilleurs. A Marseille, en particulier, notons qu’il existe :

- un accueil de jour qui permet à la personne malade de quitter son lieu de vie et d’y revenir le soir, sans l’infantiliser, et dans le but d’alléger à la fois la détresse du malade tout en lui permettant de développer la stimulation cognitive et de soulager l'aidant qui peut aller et venir dans la sérénité. Cette solution évite aussi longtemps que cela est possible l’institution collective, si traumatisante, avec la perte de ses repères de vie. Nous sommes loin des terribles années 50, celles des dortoirs imposés aux pensionnaires.

- un accueil de jour n°2 qui prend en charge les patients les plus atteints.

A noter que nous sommes les premiers en région Provence Alpes Côte d’Azur à proposer ce que les Canadiens et les Belges appellent – non sans humour – le balluchonnage : il s'agit de permettre à un aidant de s'absenter quelques jours (pour faire une pause, pour une intervention chirurgicale, pour aller passer quelques jours en vacances chez ses enfants...) en le remplaçant dans son activité d'aide au patient atteint d'Alzheimer, de nuit comme de jour. Le remplaçant (de fait, il s'agit bien souvent d'une équipe qui effectue des roulements) prend ainsi son "balluchon" pour s'installer au domicile du patient pour une courte durée.

StatlerAndWaldorfCe que Jean-Claude Pical a très bien montré, c'est la spécificité de la prise en charge des personnes âgées : qu'elles soient en bonne santé ou non, il semblait en effet nécessaire de rompre avec les pratiques d'infantilisation des vieillards. La perte d'autonomie ne doit pas rimer avec la perte de l'estime de soi. Le traumatisme provoqué par un emménagement dans un nouveau cadre de vie, comme, par exemple, une maison de retraite peut être atténué par des mesures assez simples : permettre au résident d'avoir une clé pour verrouiller la porte de sa chambre, frapper avant d'y entrer, lui apporter le courrier, l'autoriser à garder un petit animal de compagnie et à apporter du mobilier personnel... Tout cela concourt à atténuer le choc causé par la perte de repères personnels et à favoriser l'appropriation de la maison de retraite comme domicile de substitution.

Enfin, Jean-Claude Pical estime qu'« il faut ramener l’hospitalisation de la personne âgée à sa juste place, ce qui demande à la fois une gestion de l’entrée et de la sortie ainsi que le renforcement du rôle des réseaux sociaux ». Trop d'hospitalisations pourraient être évitées ou écourtées pour qu'on ne tente pas d'agir sur ce point !

Bien d'autres questions ont été abordées au cours du débat : que faire lorsque la fin de la vie apporte son lot d'évènements tragiques - décès du conjoint, par exemple - et que l'envie n'est plus là ? La réponse ne saurait être alors uniquement technique et médicale. Une aide psychologique semble alors indispensable pour retendre un ressort de vie. Comment, dans une ville très étendue comme Marseille permettre un rapprochement des services dans les quartiers pour éviter que les personnes âgées ne soient empêchées d'y accéder, faute d'avoir un rayon d'autonomie suffisant ? Ne doit-on pas penser à l'avenir l'urbanime en y incorporant aussi cette dimension ? Autant de thèmes qui montrent bien que l'approche intégratrice de ces questions dans une démarche de réseaux est la bonne, et qu'il faut encore la développer.

Enfin une remarque s'impose pour terminer : l'enthousiasme et le professionnalisme de Jean-Claude Pical, ni l'usage qu'il fait des euphémismes pour désigner les vieux, ne sauraient néanmoins nous faire oublier une chose : la vieillesse est perçue dans nos sociétés comme un problème à résoudre, et cela en dit long sur la réalité vécue par "nos vieux" ! On ne peut qu'admettre qu'il y avait quelques progrès à faire dans la manière de prendre en charge la fin de vie dans le respect de la dignité des personnes. Mais ne peut-on craindre une déresponsabilisation des familles et des vieux eux-mêmes, qui ont subi l'injonction de ne pas vieillir, de rester jeunes jusqu'au bout et qui finissent par lâcher prise, in fine, à la fois trahis par leur corps et trahissant eux-mêmes l'idéal imposé ? La question est moins de savoir si l'on doit bien vivre sa vieillesse que de savoir si on doit bien l'accepter ! La regarder en face, l'affronter.

jeunesEt c'est en quelques sortes le projet des Babayagas : ces femmes ont imaginé une maison pour vivre une vie solidaire et responsable, avec des moments de vie collective décidés par les résidentes elles-mêmes pour pouvoir rester autonome et sujet, acteur - actrice - de sa propre vie le plus longtemps possible.

La maison des Babayagas

Allez faire un tour sur leur site : vous en concevrez l'idée que la vieillesse n'est peut-être pas toujours un naufrage, que l'on peut aussi échapper de manière intelligente à la solitude qui est parfois le lot des vieux - le plus souvent des femmes - en recréant du lien social et en envisageant une prise en charge autonome et responsable de notre propre vieillesse comme de celle de nos proches.

 Solange Strimon

Fabienne Chabrolin

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19 avril 2012

"A ceci, tous connaîtront que vous êtes mes disciples..."

Quelle est la pertinence de la pensée du théologien Wilfred Monod en 2012 ? C'est par cette question que le pasteur Lilian Seitz a commencé sa conférence ce mardi 17 avril, lors d'un déjeuner du Parvis. Plus que sa théologie, c'est son engagement pratique de chrétien au service de ses semblables que Lilian seitz a choisi de nous présenter.

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wilfred-MonodNé à la fin du Second Empire (1867) et mort en pleine seconde guerre mondiale (1943), Wilfred Monod peut en effet apparaître comme dépassé : quel point commun entre le monde de cet homme né au XIXème siècle et le nôtre ? Entre les enjeux d'une société française en cours d'industrialisation, encore largement paysanne, et ceux qui résultent de la mondialisation qui s'impose aujourd'hui à nous, pour le meilleur - amitié entre les peuples - et pour le pire - désindustrialisation des nations, dumping social ?

C'est peut-être précisément parce que Wilfred Monod a été le témoin de profondes mutations que notre société secouée par une crise économique, sociale et morale peut réentendre ce que ce pasteur protestant avait à dire sur son époque. Un peu comme s'il fallait prêter attention à ceux qui ont su ouvrir leurs yeux sur la réalité vécue parfois dans la douleur par leurs contemporains.

Lilian Seitz n'a pas manqué de le rappeler : né dans une famille de bourgeois protestants, Wilfred Monod a néanmoins très tôt pu prendre conscience des bouleversements qui affectaient le monde du labeur, ces ouvriers emportés dans la tourmente de la Révolution Industrielle, que la première guerre mondiale viendrait faucher dans une terrifiante boucherie.

christianisme social

Le père de Wilfred, le pasteur Théodore Monod - grand-père du naturaliste du même nom - a été fortement influencé par le mouvement du Réveil à travers le Méthodisme : fondé au XVIIIème siècle en Angleterre par John Wesley, le Méthodisme s'était répandu en France au début du XIXème siècle. C'était un mouvement piétiste issu de l'anglicanisme qu'il prétendait réformer et qui cherchait à ranimer la flamme des églises en remettant le devoir de charité et l'évangélisation au centre de l'action des "frères".

Il n'est alors pas très étonnant que ce soit sur ce terreau que Wilfred Monod ait pu concevoir l'impérieuse nécessité d'un christianisme social !

fallotIncité par son père à voyager, le jeune Wilfred Monod s'ouvre à d'autres cultures, d'autres milieux sociaux que le sien et fait des rencontres décisives : le pasteur des Eglises Libres, Tommy Fallot (1844 - 1904) un des initiateurs du christianisme social, contribuera ainsi à éveiller le jeune Monod, d'abord pasteur à Condé sur Noireau - Normandie -, puis à Rouen, à la question sociale du monde ouvrier. 

Auguste_Joseph_Alphonse_GratryLa première décennie du XXème siècle voit le règlement progressif de la querelle sur la laïcité qui durait depuis plus de 40 ans : la loi de 1905 est le terme de cette bataille qui a opposé le catholicisme à l'Etat, mais aussi à une partie de la société civile à laquelle appartiennent les protestants. Le prêtre catholique libéral Alphonse Gratry (1805 - 1872) est alors à contre courant de son église qui se ferme sur elle-même : il adopte un point de vue plus ouvert, précurseur du christianisme social, de l'oecuménisme, mais aussi du pacifisme, et sa pensée marquera Wilfred Monod de manière positive.

soderblom_postcardEnfin, Nathan Söderblom (1866 - 1931) prêtre luthérien suédois en charge d'une paroisse luthérienne parisienne, et qui deviendra par la suite primat de l'Eglise de Suède, oeuvre pour une vision apaisée des différences théologiques entre confessions chrétiennes au profit d'une "théologie pratique" centrée sur le social. C'est bien une conviction que partage Wilfred Monod, qui s'engage alors dans le mouvement de rassemblement des Eglises protestantes, créée par Söderblom en 1908.

En 1910 se déroule la conférence d'Edimbourg qui est l'acte de naissance officiel de l'oecuménisme mondial. Elle ne réunit néanmoins que des églises proches du protestantisme.

oecumenisme_webWilfred Monod est ainsi activement impliqué dans une action qui repose sur trois piliers : le christianisme social, l'oecuménisme et le pacifisme. Il explore les questions relatives à la place de l'Eglise dans le monde. Etre pasteur n'implique pas d'être coupé des réalités sociales. Au contraire, "pour devenir pasteur, devenons des chrétiens !" Il estime que son engagement doit dépasser son église particulière, que l'esprit messianique est un idéal évangélique qui ne doit pas rester enfermé entre les murs d'un temple, mais  s'infiltrer dans la société et inspirer toutes les questions sociales. Le mouvement oecuménique a ainsi vocation à être internaional et doit servir la paix des nations.

Le sujet est brûlant, dans les années qui suivent la première guerre mondiale : Wilfred Monod est convaincu qu'une entreprise de réparation et de réconciliation pour une paix durable doit être menée. Le désastre de la guerre le conduit à appeler de ses voeux une action commune, un engagement pour la paix de tous parlements, gouvernements, pays. "Aimez-vous comme je vous ai aimés", c'est à ceci qu'on reconnaîtra les disciples de Jésus-Christ.

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En 1925 la conférence oecuménique du Christianisme pratique de Stockholm, organisée par Söderblom, rassemble anglicans, protestants et chrétiens orthodoxes. Elle suscite un immense espoir, malgré l'absence des catholiques et Wilfred Monod - il est alors pasteur à l'Oratoire du Louvre, à Paris, depuis 1907 - y participe activement, notamment en rédigeant l'épreuve des conclusions de la conférence, qui sera largement amendée, jusqu'à en exclure les références à l'action sociale : cela en dit long sur les points de désaccords des différentes églises représentées dans la conférence.

On ne saurait passer sous silence, in fine, l'engagement de Wilfred Monod dans la lutte contre l'alcoolisme qui ravageait les campagnes - signe, s'il en fallait un autre, de son attachement à son prochain, quelles que soient les circonstances qu'il traverse - et la Fraternité Spirituelle des Veilleurs - ou Tiers-Ordre des Veileurs -, qu'il a fondée en 1923 avec son fils Théodore.

Et ce n'est pas le moindre des paradoxes apparents du christianisme libéral issu des mouvements du Réveil protestant : la piété qui l'animait était manifeste et la pratique de la prière personnelle était quotidienne. On peut donc s'étonner de trouver parfois, dans les débats qui opposent au sein du protestantisme réformé les courants libéraux et évangéliques, un clivage autour de la pratique de la prière, libre et personnelle pour les seconds quand les premiers semblent s'attacher à un certain formalisme esthétique, un peu comme s'il fallait se méfier d'une pratique chrétienne qui ne s'ancrerait pas dans l'action. Or, il apparaît que la genèse du mouvement du christianisme social peut renvoyer dos à dos les chrétiens qui renoncent à puiser dans la prière l'énergie de l'action et ceux qui désertent "les lieux où Dieu se trouve", où ils peuvent rencontrer leur prochain.

Pour terminer, Lilian Seitz a évoqué les dernières années de la vie de Wilfred Monod, marquées par l'échec et le renoncement.

Renoncement à la chaire de professeur de la faculté de théologie, sous la pression d'étudiants barthiens - i.e. favorables au théologien Karl Barth.

Echec du pacifisme en ces temps de montée du nazisme et du fascisme dans le monde. Une pilule amère pour un homme qui a consacré sa vie à relier, réunir, rapprocher. Fracture dans une unité rêvée, sublimée, dont le tragique s'exprime pleinement dans une rencontre que fit Wilfred Monod lors de la réunion d'une conférence oecuménique en Yougoslavie, en 1933 : Monod avait remarqué que les idées nazies avaient pénétré le conseil oecuménique, et il avait milité en vain pour que cette réunion n'ait pas lieu. Il s'était malgré tout rendu en Yougoslavie et y avait fait la connaissance d'un jeune homme nazi convaincu que l'universalisme exprimé dans la conférence de Stockholm était caduc, dépassé.

L'histoire semble avoir donné raison à Monod contre ce jeune homme : si le nazisme n'a légué que des ruines, "la clairière", centre social et culturel fondé par Wilfred Monod lorsqu'il occupait la chaire pastorale de l'Oratoire du Louvre, est toujours là, de même que la Fraternité Spirituelle des Veilleurs. Et il nous appartient de renouveler l'esprit du Christianisme social qui animait Wilfred Monod dans sa vie de chrétien.

Fabienne Chabrolin

"Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance, et l'amour ; mais la plus grande de ces choses, c'est l'amour." La Bible


Petite bibliographie pour aller plus loin :

- Christianisme spirituel et christianisme social, de Laurent Gagnebin (Labor & Fides)

- Viens et vois, de Wilfred Monod

- Après la journée, de Wilfred monod

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15 avril 2012

La Dernière séance 14 avril.


Arrivée à la fin de ces rencontres avec Antoine Nouis, je ne vais pas vous faire un compte-rendu des 7 stations de cet itinéraire spirituel que nous venons de vivre, je vais juste partager avec vous, pour chacune de ces soirées, les quelques idées fortes avec lesquelles je suis repartie dans mon cœur pour cheminer jusqu’à l’étape suivante.

 

MOI
Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu, née de la poussière et du souffle de Dieu. Je suis JE dans mon histoire et je dois faire fructifier mes dons, je suis invitée à me développer, à faire quelque chose de MA vie.

DIEU
J’ai retenu que Dieu renonce à sa souveraineté absolue en créant l’homme. Lorsque Jésus-Christ meurt sur la croix : c’est Dieu qui s’abaisse et qui sort de son infinitude pour venir habiter au milieu de nous. Pourquoi ? Parce que Dieu est Amour.

JESUS
Une preuve s’il en fallait une que Jésus est un être exceptionnel et qu’il y a la main de Dieu la dessous, c’est qu’il était pauvre, vivant de rien, qu’il n’a rien écrit, qu’il n’a rien laissé de tangible derrière lui mais qu’il aura néanmoins marqué l’humanité tout entière. Jésus est le sacrifice parfait. Les sacrifices ne sont plus nécessaires après lui. La mort du Christ veut dire que Dieu ne quitte plus le trône de la miséricorde.

L’ESPRIT SAINT
En Grec, Esprit se dit souffle, vent, respiration. L’Esprit, comme le vent, ne s’attrape pas. Le vent fait avancer les bateaux, chanter les arbres, il ne se voit pas mais on peut voir ses effets. L’Esprit c’est pareil : on ne peut pas le décrire mais on peut décrire ses effets, ses actions. L’Esprit est présent dans le frère, dans la communauté, dans la vie en Eglise. Paul me fait comprendre que c’est l’Esprit qui me permet d’être ce que je suis et qui me permet d’être liée aux autres.

 LA FOI
Confiance ! Quoi qu’il m’arrive, dans toutes les circonstances, rien ne pourra me séparer de l’amour de Dieu.

  • Foi, confiance et fidélité ont la même étymologie. La foi est un don de Dieu, elle ne m’appartient pas. La fidélité vient de moi parce c’est mon choix d’être fidèle, et c’est parce que j’ai confiance que je peux cheminer et grandir dans la foi.
  • Ma foi élargit l’espace et la durée de ma vie et grâce à elle j’ai la certitude que quoi qu’il arrive ma vie s’achèvera dans l‘amour de Dieu.

Un clin d’œil d’Antoine Nouis m’a marquée : La foi c’est aussi des gestes, des actes, ma foi se manifeste par ma bouche, par mes pieds et même par mon porte-monnaie.

L’EGLISE
On peut dire qu’il y a Eglise là où Jésus est reconnu comme Christ. On peut dire aussi qu’il y a Eglise là où la parole est dite, la parole de l’universalité de l’amour de Dieu, là où l’évangile est proclamé. L’Eglise c’est l’articulation, les jointures entre tous les membres d’une communauté.

LA VIE CHRETIENNE
Dans Romains chapitre 12, on peut lire « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » . Voilà quelle pourrait être la définition d’un chrétien : ne copions pas les manières de nos voisins et laissons notre conscience nous dicter nos actes même s’il faut du courage pour accepter d’être en minorité ; mettons notre intelligence au service de notre foi, essayons de voir le monde comme Dieu le voit, ayons le discernement qui nous permet de prendre les bonnes décisions. Et pour cela, Antoine Nouis développe 5 critères qui peuvent nous aider à déterminer si une décision est bonne ou non :

  • 1er critère. Je peux me référer  à l’ultime  : si je devais mourir demain, serais-je satisfaite de ma journée d’aujourd’hui et des décisions que j’ai prises ?
  • 2ème critère : Je peux aussi me demander, entre 2 choix, lequel porte le plus d’amour, sachant que l’amour n’est pas une émotion que j’éprouve mais un acte que je fais pour faire grandir l’autre.
  • 3ème critère : Devant toute décision difficile, privilégier le plus petit, le plus faible, le plus souffrant, le plus malade.
  • 4ème critère : suis-je capable de rendre grâce à Dieu pour cette décision que je prends ?
  • 5ème critère : La joie. Quelle est la voie qui me remplit d’une joie qui dure ?

 

Voilà, je suis ressortie nourrie par ces paroles, au fil des semaines, et je trouve que le terme d’itinéraire était fort bien choisi : nous avons fait route ensemble et la vie continue, un peu meilleure qu’avant.

 

Elisabeth Rousset-Rouvière

 

 

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11 avril 2012

La crise : un levier extraordinaire de changement

Delattre 1Ce n'était pourtant pas le temps des vacances scolaires, ce mardi 10 avril 2012 : les habitués du Parvis du Protestantisme n’étaient néanmoins pas tous présents et c’est dommage pour la dose d’optimisme et de prise de conscience positive que Cyril Delattre apportait aux Marseillais par ses propos. 


L’intervenant est venu développer le thème : « Economie, ceci n'est pas une crise... c'est une mutation ». Ce débat fut animé par François Coullaut, chef d'entreprise à Marseille. Que retenir de son parcours international ? Présentons-le d’abord.

Pour cet homme de 52 ans à l'envergure internationale, au coeur des réussites, tout parait presque évident. Diplômé en commerce International (ESCE), il est consultant en management de la relation entre les entreprises et leurs publics. Co-créateur du Think Tank Cercle Sapiens, avec Pascal Picq du Collège de France, il se penche également sur l'analyse anthropologique de la société française, notamment sous l'angle entrepreneurial. Il a commencé sa carrière dans une agence de publicité parisienne puis au Canada chez « BCP Stratégie, Créativité», l'agence de publicité leader de Montréal, comme chargé de clientèle. De 1989 à 1993, il intègre le « Groupe FRANCOM », agence leader en conseil corporate en qualité de directeur conseil et responsable international où il crée « Entente », un réseau d'agences indépendantes couvrant l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie.

Delattre 2Cyril Delattre nous intéressait particulièrement en tant que chef d'entreprise à Marseille depuis 2 ans de La Compagnie Management des Publics. Cette agence « décentralisée » propose « du conseil en amont, entre management et communication, à l'attention de tous les publics, internes et externes ». La Compagnie management des publics travaille d'ores et déjà pour Sun Partners, le Centre d'enseignement et de recherche appliqués au management (Ceram), GSF et Labazur.

Le chef d’entreprise se passionne pour l'identification des enjeux et l'élaboration de stratégies de communication, les argumentaires communication, le benchmark international, la communication sensible (sic) et le développement du réseau international de Profile PR.

crise

La crise (en chinois : danger et opportunité) devrait pouvoir permettre d’innover, de changer le regard que l’on porte sur l’autre, et surtout d’accepter de changer pour ne plus souffrir. Pour réussir ce changement, même à Marseille, il faut accepter de voir : la fin d’un cycle, la crise conjoncturelle, la période forte de mutation.

optimisme

Cyril DELATTRE a parlé de deux approches : la théorie de Jean-Baptiste LAMARCK, dite lamarckienne* et la théorie darwinienne*. Et de préciser : « les espèces qui survivent sont celles qui s’adaptent au changement ». Nous sommes dans une période de darwinisme. La principale différence entre lamarckisme et darwinisme repose sur les mécanismes proposés pour expliquer l'évolution, Lamarck formule une loi de l'usage et du non-usage là où Darwin théorise la sélection naturelle.

Delattre 3S’il est certes difficile de faire des ruptures, de voir la fin d’un cycle, la crise conjoncturelle et la période forte de mutation, il faut privilégier les instants plus que le matériel, renforcer la dimension de l’être et non celle de l’avoir. La consommation n’apporte pas le bonheur, mais des plaisirs que l’on cherche toujours à augmenter, à renouveler.

Rappel de quelques qualités (qui s’affirment avec le temps et la volonté) : l’optimisme, l’esprit de conquête, le discernement, la curiosité (dans le bon sens du terme évidemment par la culture, les voyages, etc.), la sobriété heureuse, entre autres.

A propos d’énergie, sujet très en vogue actuellement : 90 % des crédits de recherche sont pour le nucléaire, alors qu’il faudrait une mixité d’énergies comme l’Italie et l’Allemagne l’expérimentent. En France, il n’est pas possible d’avoir un vrai débat sur ce sujet. « Un bâtiment devrait pourtant pouvoir fournir sa propre énergie ».

Delattre 4Pour ce qui est de la santé : plus de prévention, plus de bon sens, plus d’exercice physique indispensable pour un équilibre, et ne pas oublier que les médecins sont là pour guérir et non pour aider les gens à mourir. Ces médecins n’ont pas reçu de formation pour ce volet de fin de vie.

Autre sujet : l’alimentation. L’idéal est son potager et son puits, que savons-nous de l’origine des denrées alimentaires ?

Dernier thème abordé : l’éducation pour les enfants d’aujourd’hui, les salariés et chefs d’entreprise de demain et les différentes approches de l’entreprise décidée à réussir son virage du IIIème millénaire.

En conclusion :

Cyril Delattre, néo-marseillais depuis deux ans, veut croire à sa position de réussite dans l'avenir. Il a fait le choix de Marseille, un port tourné vers l’international, plutôt qu’une ville comme Aix-en-Provence. Il s’affirme conquis par la qualité de vie, le climat, la réverbération, la luminosité de notre région. L’homme dispose de tous les atouts internationaux, relationnels et personnels, pour réussir à Marseille - et espérons-le - entrainer d’autres chefs d’entreprise avec lui dans l’optimisme et la volonté. Il a donné quelques titres de livres à lire sur l’économie et qu’il est facile de se procurer dans toute librairie. Il en sort un bientôt et ce sera l’opportunité de le revoir.

smile !Ce témoignage d’un homme expérimenté, qui a été élevé dans l’amour de la musique classique, qui lit beaucoup, qui voyage, qui se veut à l’écoute de l’autre pour l’aider, à partir d’une logique, à se diriger vers une autre en adéquation avec l’époque que nous vivons, ce témoignage, donc, a éclairé un temps la réalité de notre quotidien… qui n’est pas vraiment le sien.

Solange STRIMON  

Notes :

Théorie Lamarckienne* : organisation des animaux selon une échelle de complexité croissante - Les animaux dérivent les uns des autres depuis le plus simple (ver) jusqu’au plus complexe - Acquisition de cette complexité par contrainte du milieu et transmission à la descendance.

Théorie Darwinienne* : les espèces se transforment et évoluent grâce à la sélection naturelle qui agit sur les individus, favorisant certains caractères qui permettent une meilleure adaptation à un milieu et une descendance plus abondante. Les caractères sélectionnés sont ainsi transmis à un grand nombre de descendants. Variations préexistantes - Action de la sélection naturelle - Transmission des caractères favorables à la descendance.

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07 avril 2012

Faim de vie

Voici donc la toute dernière création de la Compagnie Sketch Up : "Faim de vie" !

Les mardi 10 et mercredi 11 avril à 19 h

Le vendredi 13 avril à 20 h 30

Théâtre Le Parvis des Arts
8 rue du Pasteur Heuzé
13003 Marseille

 


affiche-faimdevie-copie

Comme on peut le lire sur le site du Parvis des Arts, "il s’agit de raconter ici ce qui se joue dans les derniers temps de nos existences.
Ce qui se joue d’extrêmement vivant dans l’approche de l’ultime passage.
Ne s’agit-il pas d’ailleurs pour la plupart d’entre nous de « rester vivant jusqu’à la mort » (Paul Ricoeur).
Il s’agit aussi d’un éloge souriant de ce qui se joue plus précisément dans « l’entre nous », dans cet accompagnement de « l’humain d’à côté », fragile et vulnérable.
« Il n’est de mort que fraternelle », cette phrase écrite il y a des millénaires sur un monument mortuaire de Thèbes nous rappelle aujourd’hui encore que c’est par la présence de l’autre que nous advenons à nous-même."

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Rachid Benzine sur France Culture

P1120286L'islamologue Rachid Benzine était un des trois invités du Parvis du Protestantisme lors de la première nuit de l'inter-religieux, le 3 novembre 2011. On pouvait également l'écouter aujourd'hui, samedi 7 avril, sur les antennes de France Culture : invité avec Henri Tincq à "La rumeur du monde", émission présentée par Jean-Marie Colombani et Jean-Claude Casanova, il proposait son analyse sur une question essentielle, devenue brûlante après les évènements tragiques de Toulouse : "Les religions dans la campagne présidentielle".

Quel est le comportement électoral des croyants juifs, musulmans, chrétiens de France ? Quelle est l'utilisation du facteur religieux dans la campagne actuelle, quel est le poids de la radicalisation de certains secteurs religieux dans la société française et comment l'opinion publique reçoit-elle ces éléments ? Autant de question posées à Rachid Benzine et Henri Tincq, auxquelles ils ont essayé d'apporter des réponses ou des éclairages.

Vous pouvez réécouter cette émission ou la podcaster sur le site de France culture consacré à "La rumeur du monde".

Et voici une liste d'ouvrages proposés en annexe par France culture :

 

arkounMohammed Arkoun, la construction humaine de l'Islam : entretiens avec Rachid Benzine et Jean-Louis Schlegel

 

 

 

 

les_nouveaux_penseurs_de_lislam20100424Les nouveaux penseurs de l'Islam, de Rachid Benzine

 

 

 

 

lustigerJean-Marie Lustiger : le cardinal prophète, de Henri Tincq

 

 

 

 

larousseLarousse des religions, sous la direction de Henri Tincq

 

 

 

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04 avril 2012

Avec Fathi BOUAROUA, le combat de l’ABBE PIERRE continue !

P1150149Ce mardi 2 avril 2012, Fathi BOUAROUA, directeur régional PACA et Languedoc-Roussillon de la fondation Abbé Pierre, était l’invité du repas organisé par le parvis du protestantisme pour parler du thème suivant : « Logements d’urgence ou urgence du logement ».

Présenté par Christian APOTHELOZ, consultant et rédacteur en chef de Radio Dialogue, Fathi a d’abord évoqué son parcours de vie. Arrivé voici 51 ans de Tunisie à Marseille à l’âge de 6 mois, de parents algériens, il connaît son premier bidonville, celui de la Timone. Des bidonvilles, il en a connus d'autres, de la cité Bassens, à celle de la cité des Lilas dans le 13ème, puis dans le centre ville. C’est avec fierté qu’il affirme que l’ascenseur social existe puisqu’aujourd’hui, à 51 ans, il est propriétaire à l’Estaque. Avec beaucoup d’humour, il souligne qu’il n’avait pas les capacités pour faire des études et nullement envie de passer dans le camp des délinquants. La chance s’offre à lui par la rencontre avec Mademoiselle ROUX et le prêtre Etienne qui milite pour le quart monde. Fathi, qui sait comme l’Abbé Pierre, se faire entendre, devient éducateur de vie. Il a postulé en 2006 pour devenir défenseur des pauvres. Il fréquente divers centres sociaux, les avocats, se passionne pour le logement social (il crée d’ailleurs une agence immobilière). Il rencontre l’Abbé PIERRE. Peu de personnes savent que la fondation ABBE PIERRE est née à Marseille. Pour Fathi, le choix professionnel est fait et il commence dès 2006 à postuler.

Fondation Abbé PierreUn petit rappel historique : EMMAUS date de 1949 et la FONDATION ABBE PIERRE a été reconnue en 1991. En France, on compte 140 communautés issues de la rue et 3 seulement à Marseille. Chaque groupe est autonome tout en ayant les mêmes valeurs, la même charte commune et la même solidarité pour dénoncer ce qui ne va pas : rappel de la manifestation contre l’arrêté anti-mendicité. FATHI a rappelé que le micro-crédit permet non seulement aux emprunteurs de trouver leur solution, mais aux organismes de gagner de l’argent, preuve que le système marche.

« Servir en premier le plus souffrant »

Chaque acteur du social a son secteur de manœuvre, pour Martin HIRSCH, c’est l’insertion. La fondation de l’ABBE PIERRE est un mouvement laïc même si son fondateur est un catholique convaincu, il a voulu donner une empreinte laïque. « SERVIR EN PREMIER LE PLUS SOUFFRANT » et réserver un accueil inconditionnel à toute personne qui se présente. L’appel à la générosité ne faiblit pas. Les chiffres sont là pour le rappeler : 40 millions d’euros ont été récoltés et redistribués en subvention pour le logement des personnes en difficultés. Du logement à l’accompagnement, de l’accueil de jour aux pensions de famille (3 labellisées), de la bagagerie sécurisée au micro-crédit : Fathi reste confiant quant aux retombées médiatiques. Les journalistes accordent à la fondation de l’ABBE PIERRE et à toutes ses ramifications une place importante.

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Sa fondation vient de rendre le 17ème rapport. Les constats sont effrayants : pour le 1er rapport, 2 millions de mal logés avaient été recensés pour 2 millions de logements vacants. Chaque année, les chiffres progressent. Dans le 16ème rapport, c’était 3,5 millions de mal logés, mais il faut compter 10 millions de personnes en grandes difficultés : ils habitent dans un endroit insalubre, dans un camping car, dans un garage, en surpopulation, sans eau, sans chauffage… Une personne sur sept est touchée par le problème du logement, devenu un produit de consommation courante. On a créé des zones grises du logement. Le poids du loyer et des charges ne cesse de grimper : à Marseille, 30 % des foyers consacrent au moins 40% de leurs revenus au logement.

crise-du-logement

Précarités de l’emploi et du logement

En Allemagne, bien sûr et pour rappeler que ce pays travaille toujours sur du long terme (en France, c’est le court terme qui joue), la politique du logement social est prédominante.

Fathi a rappelé qu’en 2006, 2007 et 2008 les grues affichaient leur présence un peu partout en France. Mais il s'agissait surtout de logements de rapport : les mesures fiscales incitatives et les faibles taux d'intérêts ont favorisé l'investissement dans la pierre, provoquant une envolée des prix des loyers et des logement à l'achat.

parvis 03 avril - 2

Parallèlement, les réformes sociales, en particulier la récente réforme des retraite, ont incité ceux qui en avaient les moyens à compenser la baisse attendue des pensions par la constitution d'un capital foncier susceptible de rapporter un revenu locatif. Autant de mesures favorisant la bulle immobilière et précarisant les familles à faibles revenus : étranglées par l'augmentation des loyers, elles sont parfois contraintes de quitter leur logement faute de pouvoir s'acquitter du loyer.

crise-logementIl existe donc un vrai décalage entre les prix des loyers et la proposition de logement. A la précarité de l’emploi s’ajoute celle du logement. En 2007, début de la crise, les élus politiques ont trouvé 46 milliards pour sauver les banques en espérant sauver, par voie de conséquence, les entreprises, les emplois, les familles, etc. Hélas, actuellement, 73 % des français estiment que leur préoccupation première reste le logement. Les mouvements divers de lutte pour le logement demandent donc aux candidats de signer un engagement de construction de logements sociaux.

ZOLA est de retour ?

En conclusion, Fathi s’est attardé sur le contrôle du foncier, de la solidarité urbaine et de la mixité sociale. Il faut accueillir inconditionnellement toute personne quelle que soit son appartenance : si la condition des ROMS est absolument indigne d’un pays comme la France, il ne faudrait pas l'ethniciser : les Roms ne doivent pas être accueillis ex qualité, mais en tant qu'humains.

Qu’une femme accouche à Marseille en 2012, Porte d’Aix sur la pelouse, peut certes rappeler la condition des femmes dans les campagnes françaises jusqu’au 20ème siècle, mais il n'y a pas de quoi en être fier : cette situation absolument invraisemblable, inacceptable à tous points de vue, mérite qu'on se penche sur la chute libre de la condition humaine, inversement proportionnelle aux progrès techniques.

Revient-on à ZOLA ?

Solange STRIMON


La minute du pasteur FREDERIC KELLER

P1150141Dans le registre de la théologie de la pauvreté, de l’abondance, de la culpabilisation du pauvre, le pasteur KELLER rappelle que « le pauvre est considéré comme le protégé de Dieu. Ce pauvre représente l’humilité, « heureux les pauvres… Les enseignants, les soignants, les prêtres ont presque vocation à être pauvres ». Rappel aussi de la colère des prophètes contre les riches. Pauvreté et richesse figurent très souvent dans la Bible. Si dans la 1ère communauté chrétienne, il y avait le partage, qu’en est-il aujourd’hui ?

Solange STRIMON

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31 mars 2012

la foi en questions

Vendredi 30 mars, avant dernière rencontre de l'itinéraire spirituel proposé sous la conduite d'Antoine Nouis.

En fait, c'est aujourd'hui que le mot "itinéraire" prend tout son sens pour moi.

En effet, que venons-nous faire dans ce temple depuis des semaines, parfois venant de loin ? Suivre un enseignement ? Certes pas.
De la théologie ? Pas non plus.
Ecouter une prédication ? Même pas.

Mais alors quoi ?

Eh bien nous cheminons de concert, sous la houlette d'Antoine Nouis.
Cheminer, itinéraire...

C'est probablement la description la plus juste de ce qui se passe : nous sommes en chemin, avec comme stimulation pour notre propre réflexion les quelques pistes que propose Antoine. Piste, jeu de piste, fausses pistes... Quête. Cela décrit une attitude, une démarche qui pose comme fondement la capacité de l'homme à changer, pour changer le monde, et qui s'oppose au scepticisme, pour qui chercher ne sert à rien car il n'y a rien à trouver, et au dogmatisme qui ne cherche plus car il croit avoir trouvé.

Parce que hier non plus, sur le thème de la foi, pas de grandes définition, pas de théorie, pas de dogme, à peine quelques références bibliques ostensibles, et des pistes, des axes, ....

Sans avoir l'air d'y toucher, le ton presque badin, l'anecdote drôle toujours prête pour soutenir l'attention, Antoine Nouis dessine à petits coups impressionistes une peinture où la foi se devine plus qu'elle ne se décrit. Peut-il en être autrement d'ailleurs ?

Quatre grands registres pour  parler de la foi : l'écoute, la parole, la gratitude et la confiance.

La foi comme écoute. Ecoute de Dieu qui affirme son amour inconditionnel de l'homme. Amour de Dieu qui précède ce que je suis, bon ou mauvais. Echo de la parole paulinienne : devant Dieu je suis saint , sans défaut et sans reproche. Devenir ce que je suis, l'affaire d'une vie !

La foi comme parole. Avec l'évocation de deux phénomènes de la foi, Abraham et Moïse, qui tous les deux ont contesté une décision de Dieu. Abraham négocie le salut de Sodome, marchandant les justes comme on marchande du bétail à la foire, tandis que Moïse au Sinaï s'oppose à Dieu au nom de la justice de ce dernier ! Ils parlent à Dieu, contestent, protestent!! Est-ce pour cela que ce sont les deux seuls personnages que la bible appelle "amis" de Dieu ? La foi, serait-ce entrer dans l'amitié de Dieu, en posant devant lui notre parole, notre protestation, dans un dialogue vrai avec Lui, même si rugueux parfois, en tout cas pas soumis ?!

La foi comme gratitude. Dans le récit des 10 lépreux, les 10 sont guéris, un seul revient remercier Jesus et c'est à celui-là seul que Jésus dit "ta foi t'a sauvé". Les autres sont guéris, mais ne sont pas sauvés... La foi, c'est être capable de gratitude pour tout ce qu'il y a de beau dans notre histoire.

La foi comme confiance. Thème plus connu, qui s'articule sur la parole de Paul "rien ne me séparera de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ".


Puis, un temps d'échange, quelques petits bicuits autour d'une tisane bienvenue, quelques mots de partage autour des tables, quelques questions, quelques réponses parfois un peu pirouette, cacahouète !

Et c'est déjà fini.

A la prochaine fois, on parlera de deux thèmes : l'Eglise et la vie chrétienne.

Ah, et en plus, le samedi 7 au soir, on se retrouve à 19h30 pour une célébration de Pâques ! Venez vous réjouir avec nous : Christ est ressuscité, nous sommes déjà dans la vie éternelle!

 

Evelyne Frechet

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30 mars 2012

Le plus grand amour !

des-hommes-et-des-dieux-1L'histoire est déjà connue de tous ceux qui ont vu "Des hommes et des dieux" au cinéma, de tous ceux également qui ont été marqués par les assassinats de sept moines à Tibhérine au printemps 1996, de tous ceux enfin qui portent un intérêt à l'Algérie, ce pays qui a tissé une partie de son histoire au nôtre (à moins que ce ne soit l'inverse...)

Ce n'est donc pas seulement une trame anecdotique que le père Christian Salenson est venu présenter au Parvis du Protestantisme ce mardi 28 mars devant un public nombreux. Celle-ci est en effet trop connue pour qu'on se contente de rappeler des faits.

C'est donc bien un autre but que poursuit l'orateur : à travers l'histoire de Christian De Chergé, moine à Tibhérine, assassiné avec six de ses compagnons, Christian Salenson a su montrer que la vie d'un homme est avant tout faite de rencontres décisives, de choix déterminants qui peuvent conduire à la victoire sur la nuit et la haine.

Et ce n'est pas le moindre des paradoxes de la destinée de Christian de Chergé : sa vie a été marquée par la recherche de l'amour et de la paix, sa mort violente et barbare n'en constitue pas moins un témoignage de l'impasse dans laquelle les partisans de la haine se retrouvent aujourd'hui, quelle que soit l'idéologie qui les anime.

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Né en 1937 dans un milieu catholique pratiquant, Christian de Chergé a grandi à Paris : il a fréquenté une école catholique, a été enfant de coeur et est entré au séminaire en 1956.

En 1959, il effectue son service militaire en Algérie : c'est dans ce pays qu'il fera une rencontre qui marquera sa vie, pierre sur son chemin, lumière sur son sentier. Il se lie en effet d'amitié avec un garde champêtre musulman, Mohamed : avec cet homme, une affection profonde se tisse. Christian de Chergé dira de lui : "cet homme a libéré ma foi !" Hélas, Mohamed est assassiné deux jours après avoir pris la défense de son ami menacé par un groupe de résistants algériens.

C'est un évènement fondateur dans la vie de Christian de Chergé : son ami, musulman, a donné sa vie pour lui. L'évangile de Jean ne le rappelle-t-il pas ? : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."

Christian de ChergéChristian de Chergé est alors déterminé à réorienter sa vie vers l'Algérie. Il est persuadé qu'elle lui a été donnée pour Dieu et pour ce pays, l'Algérie. Marqué par une phrase de son ami Mohamed qui lui avait dit : "tu peux prier pour moi, mais vous, les chrétiens, vous ne savez pas prier !", il décide de devenir moine et renonce ainsi à la prêtrise. Mais il réalise qu'il ne peut plus vivre sa foi de chrétien en dehors du dialogue avec l'Islam. C'est la raison pour laquelle il lira les penseurs musulmans et méditera à la fois la Bible et le Coran.

De retour en France, il poursuit son parcours vers l'ordination (1964) et ne pourra retourner en Algérie qu'en 1971. Il a, dans l'intervalle, fait un bref passage à Aiguebelle, près de Montélimar, qui est la maison mère du monatère de Tibhérine.

Un an avant son ordination, en 1975, Christian fait une seconde expérience bouleversante, alors qu'il se trouve en prière dans la chapelle du monastère de Tibhérine. Il entend un homme qui s'exprime en arabe - "Allah Akbar" : un musulman qu'il connaît se trouve à ses côtés et lui propose de prier avec lui.

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Comment décrire par des mots ce temps de prière, de silence, de communion entre ces deux hommes, bientôt rejoints par un ami commun, lui-même chrétien ? Trois heures durant, ces trois hommes ont prié ensemble, simplement, magnifiquement ! Le lendemain, ce frère musulman d'une nuit dira à ses compagnons que la joie de cette nuit l'avait conduit à faire trois fois le tour du monastère en dansant !

Faut-il revenir sur la crise que Christian de Chergé traverse trois ans plus tard, sinon pour dire qu'elle l'a conduit sur les pas de Charles de Foucault et l'a conforté dans sa démarche de travail conjoint sur l'Islam, le Coran et la Bible, à son retour au monastère ? Au point d'agacer parfois ses compagnons par ses fréquentes citations du Coran !

Aussi, c'est un homme nourri de contacts avec les penseurs musulmans, persuadé que l'Islam a une place dans le dessein de Dieu, qui accueille les évènements politiques du début des années 90 en Algérie : la victoire du FIS (Front Islamique du Salut) aux élections municipales en 1990, puis aux élections législatives en 1991 conduit le gouvernement à annuler les élections, à dissoudre le FIS et à arrêter des milliers de ses membres. Cette interruption du processus démocratique provoque une vague de violence qui rappelle les heures sombres de l'histoire algérienne.

P1150105Christian de Chergé, comme ses compagnons, savent alors que leur vie est en danger. Ils décident pourtant de rester aux côtés des villageois de tibhérine avec lesquels ils ont vécu durant plus de vingt ans, partageant avec eux le travail de la terre. Mais aussi l'appel à la prière que Dieu adresse aux hommes ! En effet, le monastère avait mis à disposition des villageois, trop pauvres pour ériger une mosquée, une salle de prière en les murs du prieuré. 

En octobre 1993, un ultimatum est lancé aux étrangers résidant en Algérie par le GIA (Groupe Islamique Armé) : tous doivent quitter l'Algérie sous peine de mort.

Les moines restent ! Acte de résistance ? Plutôt acte de cohérence : leur vie est en Algérie, comme l'est aussi celle des Algériens qui traversent avec eux cette décennie noire qui plonge leur pays dans la violence.

Le mois de décembre 1993 voit les évènements se précipiter : 12 travailleurs croates sont assassinés aux abords du monatère de Tibhérine. Quelques jours plus tard, le 24 décembre, un groupe armé dirigé par l'émir Sayah Attiyah pénètre de force dans le monastère. C'est par le dialogue avec cet homme que Christian refuse d'enfermer dans sa propre violence qu'il parvient à éloigner la menace qui pèse sur le prieuré : il oppose à cet homme en arme sa liberté de choix et lui rappelle l'importance de ce jour, veille de Noël, jour de paix.

Quoiqu'il en soit, Sayah Attiyah se retire. Les moines sont saufs. Mais ils mesurent la précarité de leur situation. C'est alors que Christian décide de rédiger un testament spirituel pour ne pas se laisser surprendre par la mort.

Deux ans plus tard, au printemps 1996, elle viendra, officiellement sous les traits du GIA. Christian De Cergé et six de ses compagnons seront assassinés.

Monastère de Tibhérine

Cette fin, Christian de Chergé l'avait envisagée ; n'avait-il pas écrit deux ans plus tôt, dans son testament parvenu jusqu'à nous : "S’il m’arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd’hui - d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal." ?

Je citerai pour terminer les mots adressés à son fils par sa mère, Mme de Chergé, lorsque celui-ci l'informait de sa détermination à demeurer en Algérie malgré le danger : "Les fleurs ne se changent pas de place pour trouver le soleil, c'est le soleil qui se déplace !"

Tout est dit !

Fabienne Chabrolin


Petite bibliographie pour aller plus loin :

- Christian de Chergé, une théologie de l'espérance, par Christian Salenson

- L'invincible espérance, de Christian de Chergé

- La Bible et le Coran, bien sûr !

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